Veuillez suivre les instructions dans le courriel pour créer un nouveau mot de passe

Toutes les données restent confidentielles
●
▲
■
▲
●
●
Cliquez dans l'ordre sur : Rond Bleu, Carré Bleu, Triangle Jaune
preinsutilisateurs



Comment on devient raciste

Chargement page et sommaire en cours...

Le mécanisme

Trier, le cerveau le fait tout seul

En 1954, le psychologue américain Gordon Allport écrit, dans The Nature of Prejudice (la nature du préjugé), que « l’esprit humain doit penser à l’aide de catégories » : on range les gens comme on range les choses, pour aller vite. Ce tri n’est pas encore le racisme, mais il en est la première marche.

En 1970, à Bristol, en Angleterre, le psychologue Henri Tajfel le montre avec des garçons de 14 et 15 ans. On les répartit en deux groupes sur un prétexte, avoir préféré les tableaux de Klee ou ceux de Kandinsky, ou avoir surestimé le nombre de points projetés sur un écran ; en réalité, c’est le hasard. Ils ne savent pas qui est dans leur groupe, et ne gagnent rien eux-mêmes : ils distribuent des points, changés ensuite en argent, à d’autres garçons qu’ils ne connaissent que par un numéro. Pourtant, ils favorisent les leurs, et souvent ils choisissent le plus grand écart avec l’autre groupe plutôt que le plus grand gain pour le leur. Le sous-titre de son article dit l’essentiel : la simple division en groupes « suffit » à déclencher la discrimination. Tajfel savait de quoi il parlait : juif polonais engagé dans l’armée française, il avait passé la guerre dans des camps de prisonniers, et presque toute sa famille avait été tuée dans la Shoah. Il ne croyait pas aux explications par quelques personnalités malades : pour lui, le nazisme n’aurait pas réussi sans l’appui d’Allemands « ordinaires ».




Zoom sur cet élément

Les adultes donnent le mode d’emploi

Quel tri compte ? Les enfants l’apprennent en regardant les grands. En 1997, la psychologue américaine Rebecca Bigler et ses collègues donnent à 61 élèves de 6 à 9 ans un tee-shirt bleu ou jaune, pendant quatre semaines. Dans les classes où les maîtres se servent des couleurs pour ranger, placer ou appeler les élèves, les enfants se mettent à préférer leur couleur ; là où les maîtres font comme si les couleurs n’existaient pas, ce n’est pas le cas. Les maîtres ne disent pourtant jamais qu’une couleur vaut mieux que l’autre, selon l’université du Wisconsin, qui décrit ces travaux : il a suffi que les adultes s’en servent.

La couleur n’est pas non plus le seul tri, ni le plus fort chez les petits. Des bébés de 5 et 6 mois regardent plus longtemps une personne qui leur a parlé dans leur langue ; à 10 mois, ils acceptent plus volontiers un jouet de sa main, à Boston comme à Paris (Katherine Kinzler, Emmanuel Dupoux et Elizabeth Spelke, 2007). En 2009, à Boston, des enfants de 5 ans à qui l’on montre des photos d’enfants choisissent plutôt comme ami un enfant de leur couleur, tant qu’on ne l’entend pas parler. Mais quand l’enfant d’une autre couleur parle avec leur accent, et celui de leur couleur avec un accent étranger, ils choisissent l’accent.




Zoom sur cet élément

La peur s’apprend

Et la peur ? En 2013, une équipe américaine, autour d’Eva Telzer et de Nim Tottenham, observe au scanner le cerveau de 32 jeunes de 4 à 16 ans devant des visages d’Américains noirs et blancs. Elle regarde l’amygdale, une petite zone du cerveau liée à la peur et à l’inquiétude. Chez les adultes, de nombreuses études la voient réagir davantage aux visages d’une autre couleur. Chez les enfants, cette différence n’apparaît pas : elle ne vient qu’à l’adolescence. Et elle est plus faible chez les jeunes qui ont des camarades d’origines variées. Pour les auteurs, ce n’est donc pas un réflexe inné : la couleur prend de l’importance en grandissant, et le contact peut lui en enlever.




Zoom sur cet élément

L’escalier

comment on devient raciste : l’escalierexemples : Riceville, 1968trierun brassardclasser« la mélanine »avantager5 minutesde récréjustifier« on pourraitattraperquelquechose »intérioriserles tablesratéesla peur et les clichés arrivent souvent à la 4e marche, pour justifierchaque marche s’apprend, donc se désapprend
On peut lire Riceville comme un escalier :
  • trier : une étiquette qui se voit, le brassard, la couleur, le nom ;
  • classer : une raison qui a l’air savante, « la mélanine » de l’institutrice, ou hier les « races supérieures » de Jules Ferry (voir « Le devoir de civiliser ») ;
  • avantager : quelque chose à gagner, même petit, cinq minutes de récréation, le droit de se resservir à la cantine ;
  • justifier : les clichés et la peur, qui arrivent après pour défendre l’avantage, « on pourrait attraper quelque chose » ;
  • intérioriser : ceux qu’on met en bas finissent par y croire, et réussissent moins.




Zoom sur cet élément

Deux peurs, et ceux d’en bas

Il y a deux peurs. Celle de l’autre, que la recherche mesure. Et celle de son propre camp, dont on parle moins. Jane Elliott raconte que, des années avant 1968, elle voulait louer sa maison ; un agent immobilier et des voisins lui avaient conseillé de ne pas louer à des Noirs. Une femme noire appelle et demande si la maison est « pour les Blancs ». L’institutrice hésite, puis répond que tous ses voisins sont blancs ; la femme remercie et raccroche. « Pendant longtemps, après cela, je me suis sentie comme un serpent », dit-elle : elle avait renoncé à ses principes par peur de l’opinion de ses voisins. Beaucoup de racisme ordinaire tient à cette peur-là, celle d’être mal vu des siens (voir l’histoire « Asch »).

La dernière marche est la plus cruelle. En 1995, les psychologues américains Claude Steele et Joshua Aronson montrent que des étudiants noirs réussissent moins bien que des étudiants blancs de même niveau un test difficile quand on le leur présente comme une mesure de leurs capacités, et aussi bien qu’eux quand on le présente autrement. Ils appellent cela la « menace du stéréotype » : la peur de confirmer un cliché fait rater. L’idée a fait le tour du monde ; les reprises récentes la trouvent plus fragile qu’annoncé, comme une grande étude néerlandaise de 2018, sur plus de 2 000 élèves de lycée, qui n’a trouvé aucun effet chez les filles en mathématiques.




Zoom sur cet élément

On se teste ?

Quiz, se tester sur ce cours


Histoires liées, recommandées par les co-auteurs :
Écrite le 25 / 10 / 2026
Histoire lue 31 fois
Pas encore de commentaire
ensemb © 2026, fait par Guillaume et Claude (IA)



Gu5835e07c1389f


Partagez cette page sur les réseaux :
Partager sur FacebookDiscuter sur X ex-TwitterPartager sur Linkedin


 
Sources dans chaque histoire • Hébergé en France

 
QR Code Signal TecniPass coursactifs
 ➦