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Une classe divisée par la couleur des yeux

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Riceville, avril 1968

« Pourquoi ils ont tué ce King ? »

Le vendredi 5 avril 1968, à Riceville, un village de moins de mille habitants au milieu des champs de maïs de l’Iowa, aux États-Unis, un garçon entre dans la classe de Jane Elliott et lance : « Ils ont tué ce King hier. Pourquoi ils ont tué ce King ? » La veille, à Memphis, le pasteur Martin Luther King a été assassiné. Les vingt-huit élèves de Jane Elliott ont 8 ou 9 ans ; en février, King avait été leur « héros du mois ».

À Riceville, tout le monde est blanc et chrétien, et aucun Noir n’habite le village ni les fermes autour. L’institutrice demande pourtant à ses élèves ce qu’ils savent des Noirs. Les réponses viennent vite : ils seraient moins intelligents que les Blancs, moins propres, ils se battraient beaucoup, ils sentiraient mauvais. Le producteur William Peters, qui a raconté cette journée, note qu’il n’y avait dans ces mots « ni venin, ni peur, ni haine », plutôt une sorte de dédain tranquille. Pour l’institutrice, tout cela venait des parents et des proches, de l’école, de la radio et de la télévision : les livres de classe ne montraient aucun Noir.




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Les yeux bleus, en dessous

Jane Elliott leur propose alors d’essayer : pour le reste de la journée, les enfants aux yeux bleus formeront le groupe « inférieur » ; le lundi, on inversera. La classe accepte avec enthousiasme. Les « yeux bleus » reçoivent un brassard de papier vert. « Les gens aux yeux marron sont les meilleurs de cette classe. Ils sont plus propres et plus intelligents », dit l’institutrice, et elle donne une raison qui a l’air savante : elle écrit au tableau le mot « mélanine », la substance qui colore les yeux et la peau, et qui rendrait intelligent. C’est faux, et elle le sait. Les yeux bleus devront boire à la fontaine avec des gobelets en carton. « Pourquoi ? », demande une fille. Un garçon aux yeux marron répond tout seul : « Parce qu’on pourrait attraper quelque chose. »

La suite va très vite. Quand un élève aux yeux bleus se trompe en calcul, un camarade lance : « Qu’est-ce que vous voulez attendre de lui, madame ? C’est un bleu ! » Une bonne élève aux yeux bleus, qui n’avait jamais eu de mal avec ses tables de multiplication, se met à se tromper. À la récréation, trois filles aux yeux marron l’entourent : « Tu ferais mieux de t’excuser de nous avoir gênées, parce qu’on est meilleures que toi. » Elle s’excuse. Le lundi, Jane Elliott inverse les rôles.




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« Ce qu’on ressent »

À la fin de l’exercice, certains enfants s’embrassent, d’autres pleurent. L’institutrice leur demande d’écrire ce qu’ils ont appris. Debbie Hughes, qui a les yeux marron, écrit qu’elle avait « envie de les frapper » si elle le voulait, et qu’elle a eu « cinq minutes de récréation en plus » ; puis, le jour où elle était du mauvais côté : « J’avais envie de quitter l’école. » La mère de Jane Elliott montre les textes au journal du village, qui les publie sous le titre « Ce qu’on ressent quand on est discriminé ». L’agence Associated Press reprend l’histoire, et l’institutrice est invitée à la télévision, dans l’émission de Johnny Carson.

Le village le prend mal. Selon le journaliste Stephen Bloom, qui a enquêté à Riceville, des collègues quittent la salle des professeurs quand elle entre ; ses enfants sont insultés à l’école, l’un de ses fils est frappé, et sa fille trouve sur un miroir une insulte raciste écrite au rouge à lèvres. Des centaines de téléspectateurs lui écrivent leur colère : l’exercice serait cruel… pour les enfants blancs. Elle répond qu’on s’inquiète beaucoup de quelques heures de racisme inventé, quand d’autres le vivent pour de vrai tous les jours.




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Pourquoi cette histoire

« Le racisme, c’est la peur et l’ignorance » : on l’entend souvent, et Guillaume, l’un des deux auteurs d’ensemb, le pense aussi. Cette histoire prend la formule au sérieux, et la met à l’épreuve. À Riceville, l’ignorance était bien là : aucun Noir au village, et des idées toutes faites venues d’ailleurs. La peur, elle, n’y était pas : « ni venin, ni peur, ni haine ». Et le vendredi après-midi, des enfants qui se connaissaient depuis toujours n’avaient aucune raison d’avoir peur les uns des autres. Il a suffi d’une étiquette, d’une raison qui a l’air savante et de cinq minutes de récréation. La peur est arrivée après, toute seule : « on pourrait attraper quelque chose ».

Le plan d’ensemb dit qu’on domine par ce dont l’autre dépend. Dans une classe, tout le monde dépend du maître : de ses notes, de ses faveurs, de la récréation. Voyons comment on devient raciste, marche après marche, ce que la recherche en dit, et ce qui défait le tri.




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Écrite le 25 / 10 / 2026
Histoire lue 31 fois
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ensemb © 2026, fait par Guillaume et Claude (IA)



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