Une lettre écrite dans les marges
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La lettre de Birmingham
Birmingham, Vendredi saint 1963
Birmingham, en Alabama, est alors, selon Martin Luther King, « probablement la ville la plus totalement ségréguée des États-Unis » : écoles, bus, restaurants, tout est séparé entre Blancs et Noirs, et c’est la loi. Au printemps 1963, des Noirs de la ville et le pasteur King manifestent pour la fin de la ségrégation dans les magasins du centre. Le 10 avril, le commissaire à la sécurité publique, Eugene « Bull » Connor, obtient d’un juge l’interdiction de ces manifestations.Le 12 avril, Vendredi saint, King défile quand même. Il est arrêté avec une cinquantaine d’autres et mis à l’isolement. Le même jour, huit responsables religieux blancs de l’Alabama, des évêques, des pasteurs et un rabbin, signent un appel pour la presse locale. Ces manifestations, dirigées « en partie par des gens de l’extérieur », sont « imprudentes et inopportunes » ; une cause doit se défendre « devant les tribunaux » et par la négociation, « et non dans la rue ». Ils appellent chacun à respecter « les principes de la loi, de l’ordre et du bon sens ».
La réponse, écrite en cellule
Un ami glisse le journal dans sa cellule. King commence à répondre dans les marges, continue sur des bouts de papier, puis sur un bloc que lui passent ses avocats, qui font sortir les pages de la prison. La lettre, datée du 16 avril 1963, fait près de 7 000 mots. Elle commence par « Mes chers confrères ».Le cœur tient en quelques lignes : « On n’a pas seulement une responsabilité légale, mais une responsabilité morale d’obéir aux lois justes. À l’inverse, on a une responsabilité morale de désobéir aux lois injustes. » Et plus loin : « Nous ne devrions jamais oublier que tout ce que Hitler a fait en Allemagne était “légal” », alors qu’il était « illégal » d’aider un Juif dans l’Allemagne de Hitler.
Pourquoi cette histoire
On entend souvent « c’est légal », comme si le mot fermait la discussion. Le plan d’ensemb dit qu’on domine par ce dont l’autre dépend. Or tout le monde dépend de la loi, qui dit ce qu’on a le droit de faire : celui qui l’écrit tient un robinet de plus.Mais la question est piégée. Ceux qui désobéissent au nom d’une loi « plus haute » ne sont pas tous des King : la même année, le gouverneur de l’Alabama défie lui aussi la justice, au nom de ses convictions. Et le mot « morale » a servi aux pires. Voyons comment King distingue une loi juste d’une loi injuste, ce que cette idée a donné, et ce qui la rend dangereuse.
On se teste ?
