Du silence à « inexcusables »
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Ce que ça a donné
Trente ans presque sans bruit
Après l’amnistie, la nuit du 17 octobre sort presque des mémoires officielles. Maurice Papon reste préfet de police jusqu’en 1967. Selon certains historiens, les autres drames de la fin de la guerre, comme les attentats de l’OAS, la fusillade de la rue d’Isly à Alger ou les massacres de harkis, ont recouvert le souvenir d’octobre 1961.En 1985, un premier livre de Michel Levine, Les Ratonnades d’octobre, trouve peu d’écho. En 1991, La Bataille de Paris, de Jean-Luc Einaudi, raconte la nuit à partir de témoignages et des archives d’un dirigeant du FLN, Ali Haroun, et cette fois le public l’entend. L’auteur n’a pas eu accès aux archives de la police.
1997-2001 : le procès qui rouvre tout
D’octobre 1997 à avril 1998, Maurice Papon est jugé à Bordeaux pour l’Occupation. Les faits de 1961 ne sont pas dans l’accusation, mais Jean-Luc Einaudi vient en parler à la barre. Le ministre de l’Intérieur, Jean-Pierre Chevènement, confie alors à Dieudonné Mandelkern l’examen des archives de la police ; son rapport, remis à la presse en mai 1998, note que des documents manquent, dont les archives de la brigade fluviale. La ministre de la Justice, Élisabeth Guigou, fait examiner les archives judiciaires : en 1999, le rapport de Jean Géronimi compte 48 morts de violences à Paris, Versailles et Pontoise les 17 et 18 octobre.Papon attaque Einaudi en diffamation pour avoir écrit dans Le Monde, le 20 mai 1998, qu’il y avait eu « un massacre perpétré par des forces de l’ordre agissant sous les ordres de Maurice Papon ». En mars 1999, Papon est débouté et l’historien relaxé : « on ne saurait faire grief à un historien […] d’avoir manqué de circonspection », dit le tribunal. Le 17 octobre 2001, la Ville de Paris pose au pont Saint-Michel une plaque « à la mémoire des nombreux Algériens tués lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 ».
Les mots de la République
Le 17 octobre 2012, le président François Hollande déclare : « Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. » À droite, François Fillon dénonce une « culpabilité permanente », et le président du groupe UMP à l’Assemblée, Christian Jacob, juge « intolérable de mettre en cause la police républicaine ».Le 16 octobre 2021, au pont de Bezons, Emmanuel Macron va plus loin, selon l’Élysée : « les crimes commis cette nuit-là sous l’autorité de Maurice Papon sont inexcusables pour la République ». Des militants regrettent qu’il ne parle pas de « crime d’État » ; pour SOS Racisme, on réduit le crime à un seul homme, resté en poste jusqu’en 1967 sous un gouvernement qui l’avait nommé. Le 28 mars 2024, l’Assemblée nationale « condamne la répression sanglante et meurtrière des Algériens commise sous l’autorité du préfet de police Maurice Papon » et souhaite une journée de commémoration, par 67 voix contre 11 ; la résolution n’oblige à rien. Le 17 octobre 2026, pour les 65 ans, l’Élysée parle de « la répression sanglante organisée sous l’autorité du préfet de police Maurice Papon ».
Pourquoi s’en méfier
Les chiffres restent disputés. La préfecture annonçait deux morts, puis une liste interne en comptait sept ; le rapport Géronimi, 48 pour deux jours ; Jean-Paul Brunet, de 30 à 50 ; Jim House et Neil MacMaster, plus de 120 Algériens tués en deux mois ; Jean-Luc Einaudi a recensé des centaines de décès, dont beaucoup avant le 17. Ils ne comptent ni la même période, ni les mêmes morts : selon Brunet, à l’automne 1961, le FLN tue aussi des Algériens qui lui résistent.Les lectures s’opposent aussi. Pour Brunet, la vague d’attentats contre les policiers explique l’engrenage, et les dirigeants du FLN parisien, qui connaissaient le risque, en portent une lourde part ; ses critiques lui reprochent de minimiser celle de Papon. Enfin, reconnaître n’est pas juger : selon Mediapart, « aucun policier ne sera jamais condamné », et Papon ne l’a été que pour l’Occupation.
On se teste ?
