Une statue en caisse, et après ?
Chargement page et sommaire en cours...
Et aujourd’hui ?
Une place sans statue
Le 26 février 2024, l’ancien square Labourdonnais rouvre au public : des arbres, un miroir d’eau, des bancs orange, un « ron kozé » pour se parler et deux scènes. Son nouveau nom doit être choisi par les habitants. Au centre, il n’y a plus de statue.Le bronze, lui, attend. Le jour de la dépose, l’historien Laurent Hoarau, qui accompagne le projet de la ville, expliquait qu’il est « entièrement recouvert de plomb avec un taux extrêmement toxique », qu’il faut traiter. En novembre 2024, selon le site Parallèle Sud, la mairie n’avait pas encore trouvé l’artisan qualifié pour le restaurer et prévoyait son installation à la caserne Lambert en 2025. À la date où cette histoire est écrite, en octobre 2026, nous n’avons trouvé aucune trace de cette installation.
Devant les juges
L’association Fort Réunion a attaqué le permis qui autorisait à déposer la statue. Le tribunal administratif de La Réunion l’a déboutée en février puis en mars 2024. Le 25 juillet 2024, le Conseil d’État a rejeté son pourvoi : la dépose était entièrement faite depuis le 15 décembre 2023, il n’y avait plus rien à suspendre ; la seconde étape, la restauration et l’installation sur un nouveau site, est une autre affaire.Elle a fait appel : le tribunal avait écarté sa demande sans l’examiner sur le fond, au motif que ses statuts ne prévoyaient pas d’agir en justice. Le 4 décembre 2025, deux ans jour pour jour après la dépose, la rapporteure publique de la cour administrative d’appel de Bordeaux a proposé, selon L’Express de Maurice, d’annuler les décisions du tribunal et de lui renvoyer l’affaire. Nous n’avons pas trouvé l’arrêt de la cour. L’histoire de la statue n’est donc pas finie.
Le Code noir, encore
Les lettres patentes de 1723 ont encadré l’esclavage aux Mascareignes jusqu’en 1848 ; une édition complète en a été publiée en 2024 à Saint-Denis, à l’initiative de l’académicien Mario Serviable, rappelle une proposition de loi. Le 24 septembre 2026, des sénateurs, dont Evelyne Corbière Naminzo, sénatrice de La Réunion, ont déposé ce texte : il veut abroger officiellement les trois « codes noirs », celui des Antilles de 1685, celui des Mascareignes de 1723 et celui de la Louisiane de 1724, et faire enseigner l’histoire de l’esclavage dans l’océan Indien.Ailleurs, on a fait d’autres choix. À Port-Louis, une autre statue de La Bourdonnais, inaugurée en 1859, se dresse toujours face au port. Le chanteur réunionnais Davy Sicard, quand il chante « Mahé » sur scène, demande au public ce qu’il faut faire de la statue : la laisser telle quelle, l’accompagner d’explications, lui répondre par une autre œuvre, ou la déboulonner.
Ce que cette histoire nous apprend, et ce qu’elle ne prouve pas
Ce qu’elle nous apprend :
- un même homme peut bâtir et dominer, souvent par le même geste : le manioc, les travaux publics, la maréchaussée ;
- « juger avec les mots de son temps » oblige à dire lesquels : de son vivant, des voix disaient non, à commencer par ceux qui fuyaient ;
- une statue parle autant de ceux qui la dressent, en 1856, et de ceux qui la déplacent, en 2023, que de celui qu’elle représente ;
- les documents corrigent les deux camps : les chiffres de la maire sont ceux de Maurice, et le père attentionné de ses défenseurs n’apparaît pas dans son testament.
Ce qu’elle ne prouve pas :
- qu’il était un monstre à part : il faisait ce que la Compagnie et le roi attendaient de lui, comme d’autres ;
- qu’il n’aimait pas sa fille : nous ne savons pas ce qu’il pensait, seulement ce qu’il a écrit et légué ;
- qu’il fallait garder la statue, ni qu’il fallait la déplacer : cela, chaque ville le décide, et la justice n’a pas fini ;
- que nous connaissons toute la vie de Marie-Madeleine : sa lettre n’est connue que par le résumé d’un historien.
On se teste ?
