Un yaourt péi, vraiment ?
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Le pot de yaourt
Au rayon frais
Un hypermarché de La Réunion, rayon des yaourts. Entre les Danone et les Yoplait, un pack de douze au nom bien d’ici : « Mon Île ». Cinq recettes en tout : nature, nature sucré, vanille bourbon, litchi et fruit de la passion, ananas et noix de coco.Un détail se lit sur l’étiquette : le pot contient 110 g, quand la plupart des yaourts du rayon, comme les Piton des Neiges, en contiennent 125. Guillaume, coauteur de cette histoire, l’a relevé en rayon dès l’arrivée de la marque, en 2025, et l’a écrit dans un avis public.
Le fabricant présente la gamme, lancée le 31 mai 2025, comme une création 100 % réunionnaise, imaginée par sa propre équipe. Elle sort de l’usine de la Sorelait, au Port, qui fabrique aussi les yaourts Danone de l’île depuis près de quarante ans.
Trois questions simples : qui l’a fabriqué ? Avec quel lait ? Et qui le vend ?
Qui le fabrique ?
La Sorelait (Société réunionnaise laitière) appartient au Groupe Bernard Hayot, que tout le monde appelle GBH. Ce n’est pas un secret : l’Autorité de la concurrence l’écrit dès 2013, et GBH présente lui-même, sur son site, la fabrication et la vente des produits Danone à La Réunion.Sur l’île, il n’y a que deux laiteries industrielles : la Sorelait au Port, et la Cilam à Saint-Pierre (Yoplait, Candia, Piton des Neiges). En 2013, l’Autorité de la concurrence estimait que la Sorelait fournissait entre 30 et 40 % des produits laitiers frais achetés par les grandes surfaces de l’île, et la Cilam entre 60 et 70 %. Elle parlait d’un duopole : deux fabricants pour tout un département.
Avec quel lait ?
En 2024, les éleveurs de La Réunion ont produit 15,9 millions de litres de lait. Ils sont tous adhérents de la même coopérative, la Sicalait. Depuis un accord de 1991, les deux laiteries achètent tout ce lait : la Cilam en prend 90 %, la Sorelait 10 %.Mais ce lait ne couvre qu’un tiers des besoins des deux usines (35 %). Le reste arrive par bateau, en poudre de lait et en matières grasses. Et si l’on compte tout ce que l’île consomme (fromages, beurre, lait), le lait réunionnais n’en couvre que 11 % : l’équivalent de 125 millions de litres a été importé en 2024.
La recette est réunionnaise. Pour le lait d’un pot donné, seule la liste des ingrédients répond : « lait en poudre » ou « lait reconstitué » désigne de la poudre, et cette poudre est importée.
Et qui le vend ?
Ce yaourt se vend dans les grandes surfaces de l’île, concurrents compris : la Sorelait a fêté son arrivée en magasin dans deux Run Market et un Super U. Parmi ces grandes surfaces, il y a aussi des magasins de GBH. En 2013, le groupe tient déjà deux hypermarchés Carrefour, à Sainte-Suzanne et à Sainte-Clotilde, et en rachète un troisième à Saint-Pierre. En 2020, il rachète à Casino ses magasins de l’île, et en garde trois hypermarchés et douze supermarchés, passés sous l’enseigne Carrefour.Un même groupe peut donc fabriquer un yaourt et le vendre dans ses propres rayons. C’est légal, et l’Autorité de la concurrence l’a examiné (on y revient). Mais sur une île qui importe l’essentiel de ses produits laitiers, comme bien d’autres choses, une question se pose : qui tient la chaîne, du port au frigo ?
On se teste ?
