2020 : le grand rachat
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Ce que ça a donné
Le grand rachat de 2020
Jusqu’en 2020, le groupe Casino possède à La Réunion, par sa filiale Vindémia, sept hypermarchés Jumbo Score et quatorze supermarchés Score. GBH les rachète. L’opération est si grosse que l’Autorité de la concurrence enquête longuement, et trouve des risques pour la concurrence dans dix zones de l’île.Le 26 mai 2020, elle dit oui, sous conditions :
- céder quatre hypermarchés (Sainte-Marie, Saint-Denis, Saint-André, Saint-Paul) et un magasin de produits culturels de Saint-André à Make Distribution, qui en fait des Run Market ;
- céder deux supermarchés de Saint-Pierre au groupe Thien Ah Koon ;
- continuer d’acheter aux fournisseurs de l’île, et leur offrir des contrats de deux ans s’ils le demandent.
Plus rentables qu’en métropole, moins qu’avant
En 2024, l’IEDOM publie une étude sur les comptes de 65 sociétés de grandes surfaces alimentaires de l’île, de 2019 à 2022 (pas seulement celles de GBH). Ce qu’elle trouve :- la marge commerciale médiane est de 20,5 % du prix de vente en 2022, contre 19,4 % dans l’Hexagone ; elle était de 22 % en 2019 ;
- l’excédent brut d’exploitation, le gain tiré de l’activité avant les investissements, les intérêts et l’impôt sur les bénéfices, est de 4,0 % du chiffre d’affaires, contre 2,4 % dans l’Hexagone ;
- une des raisons : le personnel pèse moins lourd, grâce à des exonérations de charges et à la sous-traitance.
4,0 % contre 2,4 %
Excédent brut d’exploitation médian des grandes surfaces alimentaires, La Réunion contre Hexagone, 2022 (IEDOM, avril 2024).
Des comptes obtenus au tribunal
GBH ne déposait pas ses comptes au greffe. En novembre 2024, quatre personnes saisissent le tribunal mixte de commerce de Fort-de-France pour l’y obliger. GBH dépose ses comptes en décembre 2024 et en janvier 2025. Le 7 avril 2025, le tribunal en prend acte et condamne Bernard Hayot à payer 1 500 euros de frais de justice à chacun des quatre plaignants. Il ne leur accorde pas la publication des marges arrière, les remises et paiements que les fournisseurs versent aux distributeurs.Les comptes de 2024, publiés en juin 2025 : plus de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et environ 202 millions d’euros de bénéfice net, en baisse d’environ 11 % sur un an. Devant le Sénat, en avril 2026, le directeur général du groupe, Stéphane Hayot, avance une marge nette d’environ 4 % pour l’ensemble du groupe, et d’environ 2 % pour ses magasins. Le rapport du Sénat relève que ces 4 % font le double de la grande distribution de l’Hexagone.
Pourquoi s’en méfier
- les écarts de prix de l’Insee mélangent tout : transport, taxes, petit marché et marges. Il est difficile d’en isoler la part de chacun ;
- l’étude de l’IEDOM donne une médiane de 65 sociétés, pas les chiffres de GBH seul ;
- les marges d’un groupe intégré dépendent de la façon dont il répartit ses résultats entre ses sociétés : l’Autorité de la concurrence elle-même demande de les lire avec prudence ;
- les marges arrière restent invisibles : le tribunal n’a pas ordonné de les publier ;
- les 4 % et les 2 % viennent du groupe lui-même.
On se teste ?
