Adaptation ou accaparement ?
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Ce qui coince
Pour les partisans des réserves
- Thierry Boudaud, président de la Coop de l’eau et membre de la FNSEA, y voit un « accélérateur de transition écologique », qui doit assurer la survie de « générations d’agriculteurs » ; pour Benoît Grimonprez, professeur de droit rural à l’université de Poitiers, c’est une « assurance contre les risques climatiques » ;
- pomper l’hiver plutôt que l’été soulage les rivières quand elles sont au plus bas, et le calcul du BRGM trouve un gain l’été ;
- la justice a validé l’essentiel : le 18 décembre 2024, la cour administrative d’appel de Bordeaux juge que le projet respecte le principe de gestion équilibrée et durable de l’eau ; elle ne censure que quatre réserves sur seize, dont Sainte-Soline, faute de dérogation pour un oiseau protégé, l’outarde canepetière ;
- en octobre 2026, le ministère de la Transition écologique voit dans la réserve de Sainte-Soline « un maillon nécessaire, bien que non exclusif » de l’adaptation au changement climatique ;
- la manifestation du 25 mars 2023 était interdite, et des dizaines de gendarmes ont été blessés.
Pour les opposants
- pour la Confédération paysanne, c’est un « accaparement » de l’eau par une petite part des agriculteurs, environ 6 % dans le département selon elle, et « une rustine » pour un modèle qui épuise les sols ; l’eau stockée prolonge, disent les opposants, des cultures gourmandes comme le maïs ;
- le 9 juillet 2026, le Conseil national de la protection de la nature, une instance scientifique, rend un avis défavorable à la dérogation demandée pour Sainte-Soline ;
- à Sivens, les experts de l’État eux-mêmes avaient trouvé les besoins surestimés : la crainte est qu’on construise pour prolonger un modèle plutôt que pour un besoin réel ;
- la force employée : une grenade qui tue à Sivens, plus de 5 000 grenades à Sainte-Soline, et le mot « écoterrorisme » pour des opposants dont le Conseil d’État a ensuite refusé la dissolution.
Pouvoir et dépendance
Le plan d’ensemb dit qu’on domine par ce dont l’autre dépend. Rien ne fait plus dépendre que l’eau en août. Une bassine, c’est d’abord un pouvoir : celui qui a stocké l’hiver n’a plus à négocier l’été avec la rivière, le marais, ou le voisin qui n’a pas de bassine. C’est aussi une dépendance nouvelle : l’argent public paie l’essentiel, et les fermes raccordées tiennent à un ouvrage qu’un juge ou un oiseau peut arrêter.À Valence, le Tribunal des eaux partage l’eau entre paysans depuis des siècles, chaque jeudi, devant la cathédrale. À La Réunion, le basculement des eaux pose la même question entre l’Est et l’Ouest. Dans les Deux-Sèvres, faute de règle acceptée par tous, le partage s’est fait au tribunal, et sur le terrain, avec des grenades.
On se teste ?
