Huit paysans jugent l’eau
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Jeudi, midi, devant la cathédrale
Jeudi, midi
Valence, en Espagne. Chaque jeudi, à midi, devant la porte des Apôtres de la cathédrale, huit hommes en blouse noire s’assoient sur des fauteuils disposés en cercle, derrière une petite barrière. Les touristes prennent des photos. Un garde appelle à voix haute les plaintes du jour.Ces huit hommes ne sont ni juges ni avocats. Ce sont des paysans, élus par les cultivateurs de la plaine. Ils forment le Tribunal des eaux, et ils vont juger, en quelques minutes, des conflits sur le partage de l’eau d’irrigation.
Le robinet, au sens propre
Autour de Valence s’étend une plaine maraîchère, la huerta, irriguée par l’eau du fleuve Turia. Huit grands canaux, les acequias, distribuent cette eau entre des milliers de parcelles.Or l’eau est rare, surtout l’été. Chacun a le droit de la prendre à son tour, pendant un temps donné. Celui qui ouvre sa vanne trop tôt, trop longtemps, ou qui néglige d’entretenir son bout de canal, prive les autres. Ici, le robinet n’est pas une image : c’est une vanne qu’un voisin peut ouvrir à tort, et qui peut ruiner une récolte.
Une justice sans papier
La procédure est d’une simplicité étonnante :- tout se passe oralement, en valencien, la langue des paysans ;
- pas d’avocats : le plaignant et l’accusé parlent eux-mêmes ;
- la décision tombe sur-le-champ, et elle est sans appel ;
- les amendes sont fixées selon les règles connues de tous.
On se teste ?
