Une femme contre la tragédie des communs
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Ce que la science en a conclu
La « tragédie des communs »
En 1968, le biologiste Garrett Hardin publie un article célèbre : « La tragédie des communs ». Son exemple : un pâturage ouvert à tous. Chaque berger a intérêt à y mettre une bête de plus, puisqu’il en tire tout le profit et ne supporte qu’une petite partie de l’usure. Résultat : le pâturage est détruit.Sa conclusion fera école pendant des décennies : un bien partagé finit toujours ruiné. Il n’y aurait que deux solutions : le confier à l’État, ou le diviser en propriétés privées.
Une politiste va voir sur le terrain
La politiste américaine Elinor Ostrom ne se contente pas du raisonnement : elle va voir comment les gens font vraiment. Elle étudie des centaines de cas de ressources partagées : les pâturages de montagne d’un village suisse, des forêts au Japon, des systèmes d’irrigation aux Philippines, et les huertas d’Espagne, dont celle de Valence.Sa conclusion, publiée en 1990 dans La Gouvernance des biens communs : il existe une troisième voie. Des usagers peuvent gérer eux-mêmes une ressource commune pendant des siècles, sans État ni marché, à condition d’avoir de bonnes règles.
En 2009, elle reçoit le prix Nobel d’économie. C’est la première femme à l’obtenir.
Les règles qui font tenir un commun
Ostrom dégage des principes que l’on retrouve dans les communs qui durent, et qui manquent dans ceux qui échouent :- des limites claires : on sait qui a droit à quoi ;
- des règles adaptées au lieu, pas copiées d’ailleurs ;
- des règles décidées par les usagers eux-mêmes ;
- une surveillance exercée par les usagers ou par des gens qui leur rendent des comptes ;
- des sanctions graduées ;
- des moyens rapides et peu coûteux de régler les conflits ;
- un droit à s’organiser reconnu par les autorités ;
- pour les grands systèmes, des niveaux emboîtés : le canal, la plaine, la région.
On se teste ?
