Une cité tire ses dirigeants au sort
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Une machine à désigner les gouvernants
Un matin à Athènes
Il fait encore frais. Devant le tribunal, des centaines d’hommes attendent, chacun avec une petite plaque à son nom. Aucun n’est juge de métier : il y a un potier, un paysan, un marchand de poisson, un ancien soldat.Dans quelques minutes, une machine de pierre va désigner, au hasard, ceux qui jugeront les affaires du jour. Ni candidature, ni campagne, ni piston : le sort.
Nous sommes au IVe siècle avant notre ère, et ce n’est pas une exception. À Athènes, le hasard désigne aussi la plupart de ceux qui gouvernent.
Le klèrôtèrion, une machine à tirer au sort
La machine s’appelle le klèrôtèrion. C’est une dalle de pierre percée de rangées de fentes. Chaque citoyen glisse sa plaque dans une fente de la colonne de sa tribu. Sur le côté, un tube reçoit des billes blanches et noires, mélangées.On sort les billes une à une. Chaque bille décide du sort d’une rangée entière : blanche, les citoyens de cette rangée sont désignés ; noire, ils rentrent chez eux. Chaque tribu a ainsi le même nombre d’élus, et personne ne peut truquer le résultat sans que tout le monde le voie.Le hasard, mais sous les yeux de tous
La machine rend le tirage public et vérifiable : c’est elle qui protège contre la triche.
Pourquoi le hasard ?
Cela paraît fou aujourd’hui : confier la justice et le gouvernement au hasard plutôt qu’aux plus compétents ou aux plus populaires.Pour les Athéniens, c’était au contraire la solution à un problème très concret. Ils sortaient d’un siècle de tyrans et de familles riches qui se disputaient le pouvoir. Ils avaient appris une chose : quand on choisit ses dirigeants, ce sont toujours les mêmes qui sont choisis. Les plus riches, les plus connus, les plus habiles à parler.
Le hasard, lui, ne fait pas de différence entre le riche et le pauvre, le beau parleur et le timide. Il empêche de se faire désigner, donc il empêche de dominer.
On se teste ?
