Pourquoi on l’a abandonné
Chargement page et sommaire en cours...
Pourquoi on l’a abandonné
La fin par la force
La démocratie athénienne ne s’est pas effondrée d’elle-même. Elle a d’abord subi deux coups d’État des plus riches, en 411 et en 404 avant notre ère, chaque fois renversés au bout de quelques mois.La fin vient de l’extérieur. En 322, après une guerre perdue contre la Macédoine, le vainqueur impose son régime : seuls les citoyens possédant une certaine fortune gardent leurs droits. La majorité des citoyens pauvres perd le droit de participer. Le tirage au sort démocratique ne s’en relèvera pas.
Les critiques, d’hier et d’aujourd’hui
Le tirage au sort a eu des ennemis sérieux, et leurs arguments méritent d’être entendus.Ce que disent les critiques :
- la compétence : Platon demande pourquoi on tire au sort les gouvernants alors qu’on ne tirerait jamais au sort le pilote d’un navire ;
- la responsabilité : un élu peut être sanctionné à l’élection suivante, un tiré au sort n’a de comptes à rendre à personne ;
- la légitimité : celui que personne n’a choisi parle-t-il au nom de quelqu’un ?
Ce que répondent les défenseurs :
- les Athéniens élisaient justement les rares postes très techniques, et entouraient les autres de contrôles ;
- l’euthyna et les procès faisaient bien rendre des comptes ;
- un groupe tiré au sort ressemble à la population entière, ce qu’une assemblée d’élus ne fait jamais.
Le choix des révolutionnaires
Deux mille ans plus tard, les révolutions américaine et française auraient pu ressusciter le tirage au sort. Les penseurs le connaissaient bien. Aristote avait écrit que le sort est démocratique et l’élection aristocratique ; Montesquieu le répète en 1748 : « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ».Ils choisissent pourtant l’élection. Le politologue Bernard Manin a montré que ce n’était pas un oubli : beaucoup de fondateurs voulaient justement un gouvernement de notables choisis par le peuple, pas un gouvernement du peuple lui-même.
Élire, c’est choisir les meilleurs
Et ceux qu’on juge « meilleurs » sont, le plus souvent, ceux qui ont déjà l’argent, le nom et la parole.
On se teste ?
