Le retour du tirage au sort
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Et aujourd’hui ?
Il n’a jamais tout à fait disparu
En France, vous pouvez recevoir une lettre vous annonçant que vous êtes juré de cour d’assises : vous avez été tiré au sort sur les listes électorales pour juger les crimes les plus graves, aux côtés de magistrats. Un petit morceau d’Athènes, toujours vivant.Depuis une trentaine d’années, le tirage au sort revient aussi en politique, sous la forme d’assemblées citoyennes : des citoyens tirés au sort, représentatifs de la population (âge, sexe, région, métier), qui étudient une question pendant des mois, écoutent des experts, débattent, puis font des propositions.
Trois expériences récentes
- Irlande : de 2016 à 2018, une assemblée de 99 citoyens tirés au sort travaille, entre autres, sur l’avortement, alors interdit par la Constitution. Ses propositions mènent au référendum de 2018, approuvé par 66 % des votants. Quelques années plus tôt, une convention mêlant citoyens tirés au sort et élus avait ouvert la voie au référendum sur le mariage pour tous de 2015.
- Belgique germanophone : depuis 2019, la petite communauté d’Ostbelgique a un conseil citoyen permanent, tiré au sort, qui choisit des sujets et convoque des assemblées. Le parlement élu doit répondre à leurs propositions.
- France : en 2019-2020, la Convention citoyenne pour le climat réunit 150 citoyens tirés au sort, qui adoptent 149 propositions. Le président de la République avait promis de les reprendre « sans filtre ». Le gouvernement en a retenu presque toutes sur le principe, mais selon les comptages des journalistes, seules 15 à 46 ont été appliquées à peu près telles quelles ; les autres ont été modifiées, affaiblies, reportées ou écartées.
Ce qu’Athènes nous apprend, et ce qu’elle ne prouve pas
Ce qu’elle nous apprend :
- des citoyens ordinaires, bien informés et encadrés, peuvent décider de questions difficiles ;
- le hasard est un outil contre la domination : il empêche de se faire désigner ;
- sans indemnité, seuls les riches ont le temps de participer.
Ce qu’elle ne prouve pas :
- qu’on peut gouverner un pays de 68 millions d’habitants comme une cité de 30 000 citoyens ;
- que le peuple tiré au sort ne se trompe pas ;
- que le tirage au sort suffit : la Convention pour le climat l’a montré, tirer au sort ne sert à rien si le pouvoir réel de décider reste ailleurs.
On se teste ?
