Et maintenant, que cède-t-on ?
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Et aujourd’hui ?
Octobre 2026
Le 22 octobre 2026, après un conseil de sécurité, le président Emmanuel Macron annonce que, le samedi 24 octobre, seuls les cortèges appelés par des syndicats pourront défiler ; les autres manifestations seront interdites « partout où on le peut », « pour que le calme soit là », après les violences et les pillages du week-end précédent. Lyon, Marseille et Le Havre interdisent les manifestations dans la ville ou dans son centre.Le même jour, à Paris, la justice administrative suspend en urgence l’interdiction d’une manifestation d’étudiants. Des professeurs de droit protestent : en France, ce n’est pas le président qui interdit une manifestation, c’est le préfet ou le maire, et seulement si elle menace l’ordre public. Pour Paul Cassia, Emmanuel Macron « sort complètement de son rôle constitutionnel ».
Le lendemain, 23 octobre, un homme tire sur des passants à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines : un mort et cinq blessés, dont une fillette de 12 ans. Le parquet national antiterroriste enquête sur un assassinat terroriste, commis en raison de l’origine ou de la religion supposée des victimes. Le président parle d’« un tournant dans la vie de notre République et de notre Nation ».
Ce qui a freiné le cliquet
Le cliquet n’est pas tout-puissant. À chaque fois, le frein est venu d’un juge, saisi par quelqu’un :- 2015 : le Conseil constitutionnel interdit d’astreindre une personne à domicile plus de douze heures par jour ;
- 2019 : il censure l’« interdiction administrative de manifester » de la loi dite anticasseurs, qui aurait permis au préfet d’interdire à une personne de manifester, faute de garanties suffisantes ;
- 2021 : il refuse que les MICAS durent deux ans ;
- 2023 : le Conseil d’État annule la dissolution des Soulèvements de la Terre ;
- 2024 : la Cour européenne condamne la France pour l’assignation de Joël Domenjoud, huit ans et demi après ;
- 2026 : un juge suspend l’interdiction d’une manifestation d’étudiants.
Ce que cette histoire nous apprend, et ce qu’elle ne prouve pas
Ce qu’elle nous apprend :
- une exception se décide en une nuit et se défait en années, quand elle se défait ;
- un outil créé contre un ennemi finit par servir contre d’autres, ici des militants du climat ;
- ce qu’on cède à la peur est rarement rendu : on l’adoucit, puis on le rend permanent ;
- les juges freinent, mais après coup, et seulement si quelqu’un les saisit.
Ce qu’elle ne prouve pas :
- que l’état d’urgence n’a rien empêché : personne ne peut le savoir ;
- que tous les assignés étaient pacifiques : la Cour européenne a validé l’assignation de Cédric Domenjoud ;
- que la France est devenue une dictature : des juges ont suspendu, annulé, condamné, et la presse a tout raconté ;
- que les interdictions d’octobre 2026 dureront, ni qu’elles mèneront à une nouvelle exception.
On se teste ?
