« Je veux juste trouver 11 780 voix »
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Un coup de téléphone
2 janvier 2021, Géorgie
Deux mois après l’élection présidentielle américaine du 3 novembre 2020, Donald Trump est encore président, et il n’a pas reconnu sa défaite. En Géorgie, Joe Biden l’emporte de 11 779 voix, sur environ cinq millions. Les bulletins ont été comptés trois fois, dont une fois à la main.Ce samedi, Trump appelle Brad Raffensperger, le secrétaire d’État de Géorgie, chargé des élections. Raffensperger est républicain, comme lui. L’appel dure environ une heure ; autour de Trump, son chef de cabinet Mark Meadows et plusieurs avocats.
Trump répète que des bulletins ont été truqués ou détruits ; Raffensperger et son juriste démontent ces accusations une à une. Puis Trump dit : « Je veux juste trouver 11 780 voix, une de plus que ce que nous avons, parce que nous avons gagné l’État. » Il prévient que ne rien faire serait « un délit » et « un gros risque » pour eux.
Raffensperger répond : « Monsieur le Président, le problème, c’est que les données que vous avez sont fausses. » Et : « Nous pensons que notre élection est exacte. »
L’enregistrement
La conversation est enregistrée par l’équipe de Raffensperger. Le lendemain, après un message de Trump sur Twitter à propos de l’appel, le Washington Post publie l’enregistrement. Le monde entier entend un président demander à un responsable de son propre camp de « trouver » les voix qui lui manquent.Raffensperger ne les trouve pas. Le résultat reste celui des urnes.
Pourquoi cette histoire
On croit qu’une démocratie tient par ses lois. Ce jour-là, elle a tenu parce qu’un homme, dans un bureau d’Atlanta, a dit non à quelqu’un de son camp, plus puissant que lui.L’histoire « Le piège de Thucydide » regardait les empires entre eux. Celle-ci regarde une démocratie de l’intérieur : que se passe-t-il quand ceux qui doivent dire non sont menacés, remplacés, ou fatigués ?
On se teste ?
