Réparer, des décennies après
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Et aujourd’hui ?
De la plainte à la loi
Il a fallu du temps. En 2002, après la plainte de Jean-Jacques Martial, la ministre de l’Emploi et de la Solidarité, Élisabeth Guigou, commande un rapport à l’inspection générale des affaires sociales ; il propose de payer le voyage à ceux qui veulent revoir leur île. Le 20 novembre 2013, une sculpture de l’artiste Nelson Boyer est inaugurée à l’aéroport Roland-Garros, d’où les enfants étaient partis. Viennent ensuite la résolution de 2014 puis, en novembre 2017, une lettre du président Emmanuel Macron, pour qui cette politique fut une « faute » ayant « aggravé la détresse » des enfants qu’elle voulait aider. Le 17 février 2022, une plaque est posée à l’aéroport d’Orly, où beaucoup étaient arrivés.La commission rend son rapport le 10 avril 2018 : environ 700 pages et 25 propositions. Deux ans plus tard, selon le site Justice Info, une seule mesure était vraiment en place, une aide au voyage vers La Réunion, créée dès 2017 ; son président, le sociologue Philippe Vitale, parlait d’un « demi-échec ».
La loi du 29 juin 2026
La députée de La Réunion Karine Lebon dépose une proposition de loi. L’Assemblée nationale l’adopte à l’unanimité le 28 janvier 2026, le Sénat à l’unanimité le 16 juin, sur le rapport de la sénatrice de La Réunion Viviane Malet, devant une centaine d’anciens enfants venus dans les tribunes. La loi n° 2026-555 du 29 juin 2026 :- crée une commission pour la mémoire des anciens mineurs de La Réunion transplantés, de quinze membres dont au moins quatre anciens mineurs, chargée notamment de faire appliquer les propositions de 2018 et de créer un lieu de mémoire dans la Creuse, que le rapport du Sénat dit déjà en construction ;
- fait du 18 février, jour du vote de 2014, une journée nationale d’hommage ;
- ouvre un droit à réparation : une allocation forfaitaire, la même pour tous, versée par un fonds de l’État aux anciens mineurs inscrits sur la liste établie par la commission de 2018, ou à leurs descendants.
Ce que cette histoire nous apprend, et ce qu’elle ne prouve pas
Ce qu’elle nous apprend :
- on peut dominer en voulant faire le bien : quand on décide pour ceux qui dépendent de nous, la bonne intention ne protège pas ;
- un enfant sans parents pour le défendre n’a que l’État, qui décide, place et surveille : il lui faut aussi quelqu’un d’autre pour regarder ;
- une politique peut continuer des années après les premières alertes, quand personne au-dehors ne peut l’arrêter ;
- quand les juges disent qu’il est trop tard, la mémoire, les archives et la loi peuvent encore réparer, un peu ;
- les mots comptent : « déporter », « placer » et « transplanter » ne racontent pas la même histoire, et retrouver son nom, c’est déjà commencer à réparer.
Ce qu’elle ne prouve pas :
- que tous ces enfants ont été malheureux : certains ont trouvé une famille et une vie qu’ils aiment ;
- que Michel Debré a inventé cette politique, ni qu’il la voulait cruelle : il l’a poussée en croyant à une promotion, et aucun juge ne s’est prononcé ;
- qu’il y a eu une « déportation » au sens du droit : la commission dit le contraire, même si beaucoup de ceux qui l’ont vécue gardent le mot ;
- qu’on connaît le compte exact : le recensement de la commission reste à compléter.
On se teste ?
