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Ce que les enfants ont vécu

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Ce que ça a donné

Des vies très différentes

« Le sort fait à ces mineurs transplantés est très variable », écrit la commission. Certains ont trouvé une famille d’accueil ou une famille adoptive aimante, ont fait des études ou appris un métier ; d’autres « ont connu de belles réussites ». D’autres encore ont accumulé les échecs. La plupart, comme beaucoup d’anciens enfants de l’aide sociale à l’enfance d’où qu’ils viennent, appartiennent aux catégories les plus modestes. Pour tous, ajoute la commission, « le choc de la transplantation » est une « réalité indéniable ».

Certains ont été placés comme apprentis, employées de maison ou ouvriers agricoles. La commission le reconnaît : certains de ces mineurs « ont été exploités et maltraités ». Elle y voit les manques des placements et de leur surveillance, pas « une volonté générale et délibérée » de les asservir. Dans son livre, Jean-Jacques Martial parle de fermiers qui voyaient dans ces enfants « de la main-d’œuvre gratuite » et d’injures racistes, mais aussi du directeur de son foyer de Guéret, Réunionnais lui aussi, « le seul à avoir compris notre détresse ».




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Un nom, deux noms, trois noms

Pour « protéger » les enfants placés en vue d’adoption, l’aide sociale à l’enfance de La Réunion, comme celle de bien d’autres départements, leur donnait un état civil provisoire. Selon la commission, ces enfants forment environ 30 % des mineurs recensés, et la plupart ont ainsi eu trois identités : leur nom d’origine, un nom provisoire, puis celui de leurs parents adoptifs. Des frères et sœurs ont été séparés.

Marie-Germaine Périgogne, aujourd’hui présidente de la Fédération des enfants déracinés des DROM (départements et régions d’outre-mer), a été adoptée en 1969 après un placement en famille d’accueil, séparée de ses frères et sœurs. Pendant des années, elle a cru s’appeler Valérie et être née dans la Creuse. Elle n’a découvert ses vraies racines qu’à 16 ans, par un document d’identité, et n’a retrouvé son nom qu’après une longue bataille avec l’état civil, selon l’AFP.




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Des alertes qui mettent des années à porter

Dès 1965, le journal du Parti communiste réunionnais, Témoignages, dénonce ces départs d’enfants comme un « scandale ». Dans l’administration, l’alerte vient en 1971. Le rapport annuel de la DDASS de La Réunion, dont un exemplaire est envoyé au cabinet de Michel Debré, juge que « trop d’enfants d’origine réunionnaise végètent en métropole dans des établissements de valeur parfois douteuse » et n’y perçoivent qu’« arbitraire et exil ». Le préfet Paul Cousseran ajoute que des placements ont été faits « à courte vue » dans la Creuse et la Lozère, et juge la situation « décevante ». Michel Debré souligne ces passages, soutient la création d’un bureau à Paris pour suivre les jeunes, puis approuve en 1972 l’idée de les placer dans toute la France plutôt que dans deux ou trois départements.

En 1975, le professeur Pierre Denoix, au ministère de la Santé, relaie des pédopsychiatres qui demandent de ne plus éloigner les enfants de leur milieu, et parle de « déportation ». Michel Debré lui répond, le 25 septembre 1975, avec « une stupeur mêlée à la fois d’ironie et d’indignation ». Les départs continuent : 168 en 1974, 158 en 1975, 157 en 1977. Ils ne baissent vraiment qu’à partir de 1978, quand le service de l’enfance de l’île, conduit par des médecins comme Marie-Odile Ah-Mouck et Marie Crémoux, se tourne vers la pédopsychiatrie : 19 départs hors adoptions en 1978, 6 en 1983, selon la commission ; les adoptions, elles, continuent. La même année 1978, c’est grâce à une intervention de Michel Debré que le service obtient un budget pour faire revenir des jeunes en vacances dans l’île.




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Pourquoi s’en méfier

Les chiffres ont longtemps varié : 1 615, répété par les médias après un documentaire ; 1 630 ; 1 643 en additionnant ceux d’un rapport de l’inspection générale des affaires sociales en 2002 ; 1 687 selon l’historien Ivan Jablonka en 2007 ; 2 015 pour la commission, qui compte aussi les adoptions et prévient que son recensement reste à poursuivre. Les archives ont des trous : un peu plus de la moitié des dossiers ont été retrouvés à La Réunion, et des dossiers personnels ont brûlé dans un incendie en décembre 1966.

Les souvenirs posent une autre question. La commission relève un écart entre les mémoires et l’histoire : des récits « construits et reconstruits », écrits des décennies plus tard, qui ont « leur part de véracité et d’inexactitude », face à des archives écrites par ceux qui décidaient. Elle n’a trouvé aucune preuve, au sens d’un tribunal, d’enfants « volés » ou « enlevés » par les services sociaux, et précise : « Il n’est pas question d’amoindrir les souffrances subies ». Enfin, le rapport de l’inspection générale de 2002 avait été accusé d’avoir « dédouané l’État » ; la commission de 2018, nommée par le ministère des Outre-mer, affirme son « entière indépendance ».




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Écrite le 25 / 10 / 2026
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