Rire, voter, et après ?
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Et aujourd’hui ?
Kiev, 21 avril 2019
Ce que Coluche n’a pas pu faire, un autre l’a fait. En Ukraine, Volodymyr Zelensky, comédien de 41 ans sans aucune expérience politique, jouait depuis 2015 un président dans une série télévisée, Serviteur du peuple. Candidat pour de vrai, il bat le président sortant, Petro Porochenko, au second tour de la présidentielle du 21 avril 2019, avec 73,2 % des voix contre 25,3 %. En juillet, son parti, qui porte le nom de la série, obtient la majorité absolue au Parlement. Beaucoup y voient un vote de rejet contre la corruption et la crise.Trois ans plus tard, en février 2022, la Russie envahit l’Ukraine, et le comédien devient chef de guerre. Être élu par le rire n’empêche pas de gouverner pour de bon. Il avait aussi ce qui a manqué à Coluche : un parti créé pour lui, une équipe, et une série que la télévision diffusait depuis plus de trois ans.
Ce qui a changé en France depuis 1981
Les règles se sont durcies sur l’argent et éclaircies sur les signatures. Les dons d’entreprises sont interdits, les dépenses plafonnées et contrôlées ; une campagne qui dépasse peut être sanctionnée, jusqu’à la condamnation d’un ancien président. Depuis 2017, tous les noms des parrains sont publiés, ce qui rend le choix de chaque maire visible de tous. Le seuil des 500 signatures, lui, n’a pas bougé depuis 1976, et des propositions pour le réformer reviennent régulièrement.Le profil des élus évolue lentement : la loi impose depuis 2000 de présenter autant de femmes que d’hommes aux élections à la proportionnelle, et pénalise financièrement les partis qui ne le font pas aux législatives. Rien de tel n’existe pour l’origine sociale.
Ce que cette histoire nous apprend, et ce qu’elle ne prouve pas
Ce qu’elle nous apprend :
- une élection commence avant le vote : signatures, argent, partis et médias trient d’abord les candidats ;
- l’élection choisit des gens qui se distinguent, et l’Assemblée ne ressemble pas au pays ;
- l’argent fait gagner des voix, et la loi peut le limiter, et même condamner ceux qui trichent ; là où elle ne le limite presque plus, comme aux États-Unis, il pèse dès le choix des candidats ;
- la tête et l’aisance comptent, mais le talent seul ne suffit pas : Coluche l’a vérifié en 1981 ;
- le tirage au sort, raconté dans l’histoire d’Athènes, est l’autre façon de choisir, qui ne trie ni par l’argent ni par la parole.
Ce qu’elle ne prouve pas :
- que les élections sont un « piège à cons » : elles permettent aussi de renvoyer ceux qui gouvernent, et les électeurs ne sont pas dupes ;
- que l’argent achète une élection : la campagne de 2012 qui avait dépassé son plafond a perdu, comme Michael Bloomberg en 2020 et Kamala Harris en 2024, malgré des sommes énormes ;
- que Coluche aurait été élu, ni qu’on l’a empêché de se présenter par une décision illégale ;
- qu’un Parlement d’ouvriers déciderait mieux : il déciderait autrement, et c’est cela qui est en débat.
On se teste ?
