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Élections, piège à cons ?

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Ce qui coince

Juin 1968 : le slogan

Le 30 mai 1968, au plus fort des grèves et des manifestations, le général de Gaulle dissout l’Assemblée nationale. Une partie des manifestants y voit une manœuvre pour arrêter le mouvement par les urnes : « Élections, piège à cons » devient un de leurs slogans. Les législatives des 23 et 30 juin donnent une victoire écrasante au pouvoir : à lui seul, le parti gaulliste obtient 293 sièges, la première majorité absolue d’un seul parti sous la Ve République.

En janvier 1973, avant de nouvelles législatives, Jean-Paul Sartre publie dans sa revue, Les Temps modernes, un article qui porte ce titre. Il y écrit : « L’isoloir, planté dans une salle d’école ou de mairie, est le symbole de toutes les trahisons que l’individu peut commettre envers les groupes dont il fait partie. » Pour lui, le vote isole chacun au lieu de faire agir ensemble ceux qui partagent une condition ; il ne rejette pas la démocratie, mais une démocratie réduite au bulletin.




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Les deux camps

Pour ceux qui défendent l’élection :

  • elle permet de renvoyer ceux qui gouvernent sans violence : en 1981, la France connaît sa première alternance de la Ve République ;
  • l’isoloir que Sartre critique protège aussi l’électeur : personne, ni patron ni voisin, ne sait ce qu’il a voté ;
  • les règles fonctionnent parfois : plafonds, remboursements publics, interdiction des dons d’entreprises, et un président sortant définitivement condamné pour avoir dépassé le plafond ;
  • les parrainages évitent des bulletins de vote interminables, et d’autres que Coluche les ont obtenus sans grand parti ;
  • les électeurs ne sont pas des « cons » : ils choisissent parmi ce qu’on leur propose, et ils peuvent aussi en changer.

Pour ceux qui y voient un piège :

  • l’élection choisit des gens qui se distinguent, et le Parlement ne ressemble pas au pays : 6 % d’ouvriers et d’employés ;
  • l’argent pèse, et la réduction d’impôt sur les dons favorise ceux qui paient l’impôt ;
  • avant le vote, d’autres ont trié : les élus qui donnent leurs signatures, les partis, les banques qui prêtent, les médias qui invitent ;
  • une fois élus, les représentants décident seuls pendant cinq ans : voter, c’est aussi déléguer ;
  • l’apparence et l’aisance comptent, au point que des enfants devinent les vainqueurs sur photo.




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Pouvoir et dépendance

On domine par ce dont l’autre dépend. Pour se présenter, un candidat dépend de 500 élus, souvent membres ou alliés de partis qu’il veut combattre ; d’un parti ou d’une banque pour avancer l’argent ; des médias pour se faire connaître. L’électeur, lui, dépend de la liste qu’on lui présente. Et la règle des 500 signatures a été votée en 1976 par des parlementaires, eux-mêmes élus, qui en fixaient le seuil pour les autres.

Rien de tout cela n’est illégal, ni forcément malhonnête : un filtre peut servir à éviter le chaos. Mais celui qui tient la porte peut aussi décider qui entre. Coluche l’avait compris à sa façon, en appelant « tous ceux qui ne comptent pas pour les hommes politiques ». Le piège, s’il y en a un, n’est peut-être pas le vote lui-même, mais tout ce qui se décide avant.




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Écrite le 25 / 10 / 2026
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