Drapeau rouge sur le président
Chargement page et sommaire en cours...
Paris, 24 mars 2026
Mardi 24 mars, au siège de la fédération
En course automobile, le drapeau rouge arrête tout le monde. Le mardi 24 mars 2026, à Paris, c’est le président qu’on arrête. Au siège de la Fédération française du sport automobile (FFSA), l’assemblée extraordinaire vote, avec 70 % des voix, la révocation du président, Pierre Gosselin, et de tout son comité directeur. Un administrateur provisoire, Jean-Luc Roger, président de la ligue du Centre-Val de Loire, prend les affaires courantes ; une nouvelle élection est fixée au 22 avril.Rien d’un coup de force venu du dehors : l’assemblée a été demandée par 31 de ses 42 membres, comme les statuts le permettent. Dix-sept mois plus tôt, le 9 octobre 2024, Pierre Gosselin avait été élu avec 99,41 % des voix ; sa liste, où figuraient les pilotes Jean Alesi et Yvan Muller, était la seule.
Le président qui accusait
Trois semaines plus tôt, le 4 mars, Pierre Gosselin affirmait dans un communiqué avoir hérité d’un « système de gouvernance opaque et illégal ». Il annonçait des plaintes pénales contre ses prédécesseurs pour des « agissements suspects » : Jacques Régis, président de 1997 à 2007, et Nicolas Deschaux, de 2007 à 2024. Ses opposants ont répondu par une plainte collective contre lui, pour « abus de confiance, détournement de fonds et dénonciation calomnieuse » : ils lui reprochent une rémunération touchée sans l’accord de l’assemblée.Le soir du 24 mars, la ministre des Sports, Marina Ferrari, annonce qu’elle a saisi la justice et lancé une inspection. Elle dit avoir de « sérieuses interrogations » sur certaines pratiques de la fédération, dont l’attribution de subventions, et prévient, au sujet de l’argent public : « C’est une ligne rouge sur laquelle je ne transigerai pas. »
Octobre 2026 : l’État menace de reprendre les clés
Le 22 avril, Pierre Ragues, ancien pilote, douze fois au départ des 24 Heures du Mans, est élu président avec 1 817 voix, contre 1 440 à Pierre Gosselin, qui se représentait. Le 8 octobre, selon Le Parisien, le rapport de l’inspection recommande de retirer son agrément à la fédération. Le 23 octobre, la ministre engage la procédure. Son communiqué parle de « constats préoccupants » et de « manquements relatifs à la gouvernance de la Fédération, au fonctionnement démocratique de ses instances et au respect de ses obligations ». La fédération répond qu’elle n’a reçu ni le rapport ni la liste des griefs.Sans agrément, la FFSA ne pourrait plus organiser les championnats de France ni délivrer les titres de champion. Pour plus de 50 000 licenciés, pilotes de rallye, de circuit, de course de côte, de tout-terrain ou de karting, la question n’a plus rien d’abstrait.
Pourquoi cette histoire
Le président d’une fédération sportive n’est ni un ministre ni un patron. Il dirige une association, élue par des bénévoles. L’État lui confie pourtant une mission de service public : pour chaque sport, une seule fédération fixe les règles, délivre les licences et sacre les champions de France. Qui le choisit ? Qui le contrôle ? Et que se passe-t-il quand ceux qui doivent le contrôler ont aussi besoin de lui ?Reste la question qui a fait naître cette histoire : Nicolas Deschaux, dix-sept ans président, a-t-il été un bon président ? Cette histoire ne rend pas de verdict. Elle regarde les compteurs qu’on peut lire, explique pourquoi s’en méfier, et donne la parole aux deux camps. Personne, ici, n’a été jugé : les plaintes des uns et des autres n’ont abouti à aucun procès.
On se teste ?
