Parole contre parole
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Ce qui coince
Ce que dit Pierre Gosselin
Selon lui, les décisions ne se prenaient plus au comité directeur, « vidé de sa substance », mais dans des commissions des ligues automobiles et du karting que les statuts ne prévoient pas. Il parle, selon l’AFP, de « risques de gestion de fait, de conflits d’intérêts et d’avantages indus », et accuse ses deux prédécesseurs d’être à la manœuvre contre lui. Il dit avoir lui-même demandé une inspection au ministère dès janvier 2026.Il cite aussi un document interne de décembre 2021, rédigé sous la présidence précédente, qui relevait « des situations conflictuelles récurrentes ». Sur sa rémunération, il répond qu’il touchait la même somme que lorsqu’il était secrétaire général, qu’il a lui-même soumis la question à l’assemblée, et qu’il remboursera si l’assemblée le demande au vu d’une analyse juridique ; il parle d’« un piège qui m’a été tendu ».
Ce que disent ses opposants
À l’assemblée du 26 novembre 2025, la résolution sur la rémunération du président pour le premier semestre 2025 est rejetée par 676 voix contre 0, selon eux ; la somme avait déjà été versée, et n’est pas remboursée. Ils rappellent que les statuts critiqués ont été votés à la demande de Pierre Gosselin, quand il était secrétaire général, sans que le ministère les conteste. Ils voient dans ses accusations un contre-feu, publié au moment où ils demandaient sa révocation, et annoncent leur propre plainte.Le 22 avril 2026, l’assemblée élective, où les clubs ont la moitié des voix, ne le reconduit pas : 1 817 voix pour Pierre Ragues, 1 440 pour lui. En mai, la nouvelle direction crée une commission d’enquête interne sur sa gestion, puis, en juillet, confie à un cabinet l’examen de ses dépenses.
Le CNOSF propose, la fédération dispose
Pierre Gosselin conteste l’élection du 22 avril ; le CNOSF est saisi pour une conciliation. Les conciliateurs reconnaissent, selon le communiqué de la fédération, qu’aucun reproche pris isolément ne suffit à fausser le scrutin, mais jugent « faible » l’écart de 377 voix, soit 11,57 % des suffrages, et évoquent un faisceau d’indices d’atteinte à la libre expression des électeurs ; ils proposent de revoter. Le 23 juillet 2026, le comité directeur refuse : les règles ont été respectées, la commission électorale a validé les candidatures, et qualifier de faible un tel écart créerait un « précédent particulièrement préoccupant ». Les présidents de ligue présents s’opposent tous à une nouvelle élection.Une conciliation n’oblige à rien. C’est sa force, puisqu’elle évite un procès, et sa limite : celui à qui l’on propose de revoter est libre de dire non.
Les deux camps
Pour ceux qui défendent l’assemblée et l’ancienne direction :
- l’assemblée a révoqué en suivant les statuts, à 70 % des voix, puis les électeurs, clubs compris, ont choisi un autre président ;
- celui qui dénonce le « système » en a fait partie : au comité directeur élu en 2020, puis comme secrétaire général ;
- la fédération a grandi sous Nicolas Deschaux, en licenciés et en réputation, et le Grand Prix de France est revenu ;
- des accusations ne sont pas des preuves : aucune n’a été jugée.
Pour ceux qui y voient une maison qui se protège :
- deux présidents ont tenu la fédération vingt-sept ans, et le premier siégeait encore au comité directeur du second ;
- le contrôle vient de 42 délégués qui travaillent avec la direction toute l’année ;
- la ministre parle de manquements au fonctionnement démocratique et de statuts non conformes malgré ses demandes ; selon L’Équipe, elle évoque aussi « une grande souffrance des personnels » et, avec précaution, des soupçons de conflits d’intérêts ;
- les conciliateurs du CNOSF ont proposé de revoter, et la fédération a refusé.
Pouvoir et dépendance
On domine par ce dont l’autre dépend. Ici, tout le monde dépend de quelqu’un. Le pilote dépend de sa licence, donc de la fédération : sans elle, pas de course. Le club dépend de la fédération pour son calendrier et ses épreuves. Les dirigeants de ligue, qui contrôlent le président, dépendent eux aussi de la fédération, et le président dépend de leurs voix. Et la fédération tout entière dépend de l’État, qui peut lui retirer sa délégation.Dans un tel système, le contrôle de l’intérieur dépend des alliances du moment : on révoque quand la majorité tourne, pas forcément quand la règle est violée. Le contrôle de l’extérieur dépend d’un ministre, qui juge seul, après une procédure où la fédération répond. Ni l’un ni l’autre ne donne le dernier mot aux 50 000 licenciés, qui n’ont qu’une voix indirecte, par leur club.
On se teste ?
