Quand la rue gagne, et quand elle perd
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Ce que ça a donné
Les fois où la rue a gagné
- 1995 : le plan d’Alain Juppé veut réformer la Sécurité sociale et les retraites des régimes spéciaux, comme celles des cheminots. Pendant trois semaines, les grèves arrêtent trains et métros. Le 12 décembre, 1 million de manifestants selon la police, 2 millions selon les syndicats. Le gouvernement recule sur les régimes spéciaux et sur le contrat de plan de la SNCF, mais garde sa réforme de la Sécurité sociale, qu’il fait passer par ordonnances, après un 49.3.
- 2006 : le contrat première embauche (CPE) permet de licencier sans motif, pendant deux ans, un jeune de moins de 26 ans embauché dans une entreprise de plus de 20 salariés. Il passe à l’Assemblée avec le 49.3, le 9 février. Lycéens et étudiants se mobilisent pendant près de trois mois ; le 28 mars, 1 055 000 manifestants selon la police, 2,7 à 3 millions selon les syndicats. Le 10 avril, le Premier ministre Dominique de Villepin annonce l’abandon du CPE.
Les fois où elle a perdu
- 2003 : la réforme des retraites est votée, avec quelques concessions ;
- 2010 : l’âge légal de la retraite passe de 60 à 62 ans. Le 12 octobre, 1,23 million de manifestants selon le ministère de l’Intérieur, 3,5 millions selon la CGT. Le Parlement adopte la réforme le 27 octobre ;
- 2016 : sous un président de gauche, François Hollande, la loi Travail passe avec le 49.3. Le 31 mars, 390 000 manifestants selon la police, 1,2 million selon les syndicats ;
- 2019-2020 : contre la retraite à points, environ 800 000 manifestants le 5 décembre 2019, selon le ministère de l’Intérieur. Le gouvernement utilise le 49.3 en février 2020, puis la réforme est suspendue en mars, avec l’épidémie de Covid ;
- 2023 : l’âge légal passe de 62 à 64 ans. Le 7 mars, 1,28 million de manifestants selon le ministère de l’Intérieur, 3,5 millions selon la CGT : un record des deux côtés. Le 16 mars, le gouvernement d’Élisabeth Borne utilise le 49.3. Le 20 mars, la motion de censure échoue à 9 voix près : 278 sur les 287 nécessaires.
Pourquoi s’en méfier
- les chiffres de la police et des syndicats vont du simple au double, voire au triple : ils ne comptent pas de la même façon, et chacun défend le sien ;
- une victoire n’est jamais totale : en 1995, la réforme de la Sécurité sociale est passée quand même ;
- les deux fois, la rue n’a pas gagné seule : en 1995, le président de l’Assemblée nationale, Philippe Séguin, rencontre des grévistes de la SNCF ; en 2006, c’est le président Jacques Chirac lui-même qui demande un compromis à son Premier ministre ;
- ce qui fait céder un gouvernement, la masse, la durée, une majorité divisée ou la peur de l’élection suivante, personne ne peut le mesurer à coup sûr.
On se teste ?
