Le doute : bouclier ou arme ?
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Ce qui coince
Ceux qui disent : la défiance est méritée
- des mensonges et de graves erreurs officielles ont été prouvés : le 6 juillet 2016, l’enquête britannique Chilcot conclut que la menace des armes de destruction massive de l’Irak avait été présentée, avant la guerre de 2003, avec une certitude qui n’était pas justifiée ;
- le Mediator, vendu en France jusqu’en novembre 2009 et pris par plus de cinq millions de personnes : en 2021, le tribunal condamne les laboratoires Servier pour tromperie aggravée et homicides et blessures involontaires, et l’agence du médicament elle aussi ; la cour d’appel confirme les condamnations de Servier le 20 décembre 2023, et y ajoute l’escroquerie ;
- des complots ont existé, et on les a prouvés : en 1924, les grands fabricants d’ampoules se sont entendus en secret pour limiter leur durée de vie (histoire « Cartel Phoebus ») ;
- quand les grands médias appartiennent à quelques fortunes (« Qui possède les médias ? ») et que des réformes passent malgré des millions de manifestants (« La rue face au pouvoir »), la méfiance n’est pas une maladie : c’est une réponse.
Ceux qui disent : le doute généralisé désarme
- ces mensonges, qui les a prouvés ? Une commission d’enquête, des juges, des médecins, des chercheurs, des journalistes. L’alerte sur le Mediator est venue d’une pneumologue de Brest, Irène Frachon ; Phoebus a été prouvé par des historiens, dans les archives. Si l’on ne croit plus personne, on ne croit plus non plus ceux qui ont démasqué les menteurs ;
- fabriquer un faux prend quelques minutes ; le démonter prend des heures. Un doute sans fin coûte cher à celui qui vérifie, et presque rien à celui qui ment : c’est tout le calcul de Matriochka ;
- dans le vacarme, gagne celui qui a le plus de moyens pour répéter ;
- et un doute qui ne vise que les autres n’est pas de l’esprit critique : les platistes du film doutent de la Nasa, pas de leurs propres vidéos.
Interdire, ou laisser faire ?
Face au bruit, deux réponses tentent les pouvoirs, et aucune n’est simple :- interdire les fausses nouvelles, c’est donner à quelqu’un le droit de dire ce qui est vrai, et un gouvernement pourrait s’en servir contre ceux qui le gênent. En France, depuis une loi du 22 décembre 2018, un juge peut, dans les trois mois qui précèdent une élection générale, comme la présidentielle ou les législatives, faire cesser en 48 heures la diffusion massive et artificielle d’une information fausse ou trompeuse ; le Conseil constitutionnel a exigé que la fausseté soit manifeste. Pendant le débat, des syndicats de journalistes ont dénoncé un risque : qu’un juge sans éléments suffisants, en refusant d’agir, donne à une fausse nouvelle un air de vérité ;
- laisser faire, c’est laisser le terrain à la voix la plus forte.
Pouvoir et dépendance
Le plan d’ensemb dit qu’on domine quelqu’un par ce dont il dépend. Pour savoir ce qui se passe, chacun dépend de ceux qui vérifient : le journaliste, le chercheur, le juge, le délégué syndical qui connaît les fiches de paie.Pas besoin de les faire taire. Il suffit qu’on ne les croie plus, ou que leur temps passe à démonter des faux. La censure enlève une voix ; le bruit enlève la confiance dans toutes. Au bout du compte, le résultat est le même : le plus fort n’a plus de contre-pouvoir en face de lui.
On se teste ?
