99 %, et le trou est toujours là
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Ce que ça a donné
Le bilan des scientifiques
Tous les quatre ans, un groupe d’experts réuni par l’Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations unies pour l’environnement fait le point. Celui publié en janvier 2023 dit :- près de 99 % des substances interdites ont cessé d’être produites ;
- le chlore qui monte dans la stratosphère a baissé de 11,5 % depuis son maximum ;
- si les règles restent en place, la couche d’ozone retrouvera son état de 1980 vers 2040 sur la plus grande partie du globe, vers 2045 au-dessus de l’Arctique, et vers 2066 au-dessus de l’Antarctique.
Pourquoi s’en méfier
Les chiffres les plus spectaculaires décrivent un monde qui n’a pas eu lieu. L’agence américaine de l’environnement estime que le traité évitera environ 443 millions de cancers de la peau, 2,3 millions de morts et 63 millions de cataractes. Mais seulement pour les personnes nées aux États-Unis de 1890 à 2100, par comparaison avec un monde où rien n’aurait été fait, et avec un modèle. Ce sont des calculs, pas des malades comptés.La date de 2066 est elle aussi une projection, « si les règles restent en place ». Et le trou varie d’une année à l’autre : 26,1 millions de km² au plus fort en 2023, 21 millions en 2025, selon le service européen Copernicus. Enfin, « 99 % des substances interdites » ne compte pas ce que le traité n’interdit pas : selon le même bilan, en 2020, les émissions humaines de protoxyde d’azote (N2O) pesaient, pour l’ozone, plus de deux fois celles de tous les CFC réunis.
La triche, et la mesure qui la voit
En mai 2018, des chercheurs de la NOAA publient dans Nature une mauvaise surprise : depuis 2012, le CFC-11 baisse moitié moins vite. Ses émissions ont augmenté d’environ 25 %, alors que sa production déclarée est presque nulle depuis 2006. Quelqu’un en fabrique, sans le dire. En 2019, une autre équipe localise la source grâce à des stations de mesure en Corée du Sud et au Japon : l’est de la Chine, autour des provinces du Shandong et du Hebei, fait au moins 40 à 60 % de la hausse. Une ONG, l’EIA, dit avoir trouvé dix-huit entreprises qui utilisaient ce gaz pour des mousses isolantes, dans dix provinces.En 2021, deux articles de Nature constatent la chute : dès 2019, les émissions de l’est de la Chine sont revenues à leur niveau d’avant 2013. Selon les auteurs, un retard important de la guérison de l’ozone a sans doute été évité, peut-être grâce à l’alerte rapide et aux mesures prises ensuite par l’industrie et le gouvernement chinois. Le traité n’a pas empêché la triche. Mais comme à Halley, c’est la mesure patiente de l’air qui a donné l’alarme.
On se teste ?
