La famine qu’on ne devait pas voir
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Ce qu’un enfant a vu
Ce qu’un enfant a vu
En 1943, dans l’Inde sous domination britannique, un garçon de neuf ans voit arriver dans sa ville du Bengale des foules de paysans affamés, squelettiques, qui mendient un peu d’eau de cuisson du riz. Beaucoup meurent sur le bord des routes.Ce garçon s’appelle Amartya Sen. Il remarque déjà une chose étrange : personne dans sa famille, ni chez ses voisins aisés, n’a faim. La famine ne frappe que certaines catégories de gens. Cinquante-cinq ans plus tard, il recevra le prix Nobel d’économie, en grande partie pour avoir compris pourquoi.
Des millions de morts
La famine du Bengale de 1943 tue, avec les épidémies qui l’accompagnent, entre 1,5 et 3 millions de personnes selon les estimations. La commission officielle de 1945 parlait d’environ 1,5 million ; la plupart des études récentes retiennent plutôt 2 à 3 millions.C’est la Seconde Guerre mondiale. Les Japonais ont conquis la Birmanie voisine, qui fournissait du riz au Bengale. Un cyclone a ravagé les côtes en 1942. Les autorités, craignant une invasion, ont saisi des bateaux et des stocks de riz dans les zones côtières. Les prix flambent.
Le silence
Pendant des mois, la famine est presque invisible dans la presse. La censure de guerre impose un black-out : on ne parle pas de famine, cela démoraliserait les troupes et réjouirait l’ennemi. Un recueil de dessins et de textes sur la faim, Hungry Bengal, est saisi et ses 5 000 exemplaires détruits.À Londres, au Parlement et dans l’opinion, on ignore presque tout de ce qui se passe. Et quand personne ne sait, personne n’oblige les gouvernants à agir.
On se teste ?
