Une famine sans manque de riz
Chargement page et sommaire en cours...
La découverte
Il y avait du riz
En 1981, Amartya Sen publie Poverty and Famines. En reprenant les chiffres, il montre une chose surprenante : en 1943, la quantité de riz disponible au Bengale n’était pas beaucoup plus faible que les années précédentes, sans famine.Ce qui s’est effondré, ce n’est pas la nourriture : c’est la capacité de certains à l’acheter. Avec la guerre, les prix du riz explosent, tirés par la demande des villes, de l’armée et des industries de guerre. Mais les salaires des ouvriers agricoles, des pêcheurs, des artisans ruraux, eux, ne suivent pas.
Ce n’est pas le riz qui manque, c’est le droit d’en avoir
Sen parle de « droits d’accès » : ce que chacun peut obtenir avec son travail, son salaire ou ses biens.
Qui meurt, qui mange
La famine frappe donc de façon très sélective : les journaliers agricoles, les pêcheurs privés de leurs bateaux, les artisans. Pendant ce temps, Calcutta est approvisionnée en priorité, pour l’effort de guerre ; des commerçants stockent pour revendre plus cher.C’est exactement ce que le jeune Sen avait vu sans le comprendre : dans sa famille, personne n’avait faim. La famine n’était pas une catastrophe naturelle tombée sur tout le monde. C’était une catastrophe sociale, qui choisissait ses victimes selon leur place dans la société. On retrouve la leçon de Belo Horizonte : la faim est d’abord une question d’accès.
On se teste ?
