Ceux qu’on n’a pas écoutés
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Ce que ça a donné
23 juin 1988, Washington
Il fait une chaleur écrasante dans la capitale américaine. James Hansen, qui dirige un institut de la NASA consacré au climat, déclare devant une commission du Sénat que le réchauffement est désormais détectable et qu’il est dû à l’effet de serre, avec une certitude de 99 %. Aux journalistes, il ajoute : « Il est temps d’arrêter de tergiverser et de dire que les preuves sont assez solides : l’effet de serre est là. » Le lendemain, le New York Times titre en une : « Le réchauffement a commencé, dit un expert devant le Sénat ».La même année, l’Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations unies pour l’environnement créent le GIEC. Son premier rapport, en 1990, prépare le sommet de la Terre de Rio, en 1992, où est signée la convention des Nations unies sur le climat. En 1997, le protocole de Kyoto fixe des objectifs de baisse aux pays riches. En 2015, l’accord de Paris vise à contenir le réchauffement « nettement en dessous de 2 °C » et à poursuivre les efforts pour 1,5 °C.
Ce qui a été fait
Des conférences, des traités, des objectifs. Et les rejets ? En 1988, l’humanité rejetait environ 21,9 milliards de tonnes de gaz carbonique fossile par an ; en 2024, 38,6 milliards : trois quarts de plus. Le gaz carbonique de l’air est passé de 352 ppm en 1988 à 427 en 2025. Six dixièmes de tout le gaz carbonique fossile jamais rejeté l’ont été après le témoignage de James Hansen.Ce n’est pas rien qu’on ait signé des traités : certains pays ont réduit leurs rejets, et l’électricité solaire et éolienne s’est répandue. Mais à l’échelle du monde, chaque baisse a été plus que compensée par une hausse ailleurs.
Ceux qui ont alerté le plus tôt n’ont pas toujours été écoutés. James Hansen, qui dirigeait toujours son institut de la NASA, a été arrêté devant la Maison-Blanche en 2011 et en 2013, en manifestant contre un projet d’oléoduc. Quand un climatologue de la NASA en vient à se faire arrêter, c’est que les rapports ne lui semblent plus suffire.
Pourquoi s’en méfier
Il est facile de juger 1979 avec ce qu’on sait en 2026. La certitude a grandi pas à pas :- en 1990, le premier rapport du GIEC écrit que la détection sans équivoque d’un renforcement de l’effet de serre par les observations « n’est pas probable avant une dizaine d’années ou plus » ;
- en 1995, il juge qu’« un faisceau d’éléments suggère une influence perceptible de l’homme sur le climat global » ;
- en 2021, il écrit que cette influence est « sans équivoque ».
Mais l’incertitude jouait dans les deux sens : le « 3 °C, à 1,5 °C près » de 1979 pouvait aussi vouloir dire 4,5 °C. Elle a servi de raison d’attendre ; elle aurait pu servir de raison de se protéger. C’est ce qu’on appelle la précaution.
On se teste ?
