Depuis quand le sait-on ?
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Le mécanisme
Une vieille physique
En 1856, une Américaine, Eunice Foote, place des bouteilles au soleil : celle qui contient du gaz carbonique chauffe davantage que les autres. Trois ans plus tard, l’Irlandais John Tyndall mesure en laboratoire que ce gaz et la vapeur d’eau retiennent la chaleur. En 1896, le Suédois Svante Arrhenius calcule qu’en doublant le gaz carbonique de l’air, on réchaufferait la Terre de plusieurs degrés. En 1938, l’ingénieur anglais Guy Callendar relie le réchauffement déjà mesuré au charbon brûlé.Le mécanisme est simple. Le soleil chauffe le sol ; le sol renvoie de la chaleur vers l’espace ; certains gaz en retiennent une partie, comme une couverture. Plus il y en a, plus la couverture est épaisse. Le principal, celui qui dure des siècles dans l’air, c’est le gaz carbonique, ou dioxyde de carbone, le CO2.
1957-1965 : la mesure, puis le président
En 1957, deux chercheurs de Californie, Roger Revelle et Hans Suess, écrivent que les humains sont en train de mener sur leur planète une « expérience géophysique à grande échelle ». L’année suivante, Charles David Keeling commence à mesurer le gaz carbonique au sommet du volcan Mauna Loa, à Hawaï : 316 parties par million (ppm) en moyenne en 1959, 427 en 2025, selon l’agence américaine NOAA.Le 8 février 1965, le président américain Lyndon Johnson écrit au Congrès : « Cette génération a modifié la composition de l’atmosphère à l’échelle mondiale », notamment par « une augmentation régulière du gaz carbonique provenant de la combustion des combustibles fossiles ». En novembre, ses conseillers scientifiques, dans un rapport dont Roger Revelle a dirigé le chapitre sur le gaz carbonique, prévoient pour l’an 2000 une hausse « proche de 25 % », qui pourrait suffire à produire des changements « mesurables et peut-être marqués » du climat. En 2000, la hausse dépasse 30 %.
1971, 1977 : les pétroliers aussi
En 1971, la revue interne du groupe français Total, Total information, tirée à 6 000 exemplaires, publie un article commandé au géographe François Durand-Dastès. On y lit : « Si la consommation de charbon et de pétrole garde le même rythme dans les années à venir, la concentration de gaz carbonique pourrait atteindre 400 parties par million vers 2010. » L’auteur envisage « une fonte au moins partielle des calottes glaciaires des pôles, dont résulterait à coup sûr une montée sensible du niveau marin. Ses conséquences catastrophiques sont faciles à imaginer… » La concentration était de 390 ppm en 2010 ; elle a dépassé 400 en 2015.De 1977 à 2003, les scientifiques de l’américain Exxon, devenu ExxonMobil, font leurs propres calculs. En 2023, trois chercheurs, Geoffrey Supran, Stefan Rahmstorf et Naomi Oreskes, les ont comparés à ce qui s’est passé ensuite (revue Science) : la plupart étaient justes, de 63 à 83 % selon la mesure retenue, et annonçaient un réchauffement d’environ 0,2 °C tous les dix ans ; ils écartaient aussi, à raison, l’idée d’une ère glaciaire prochaine. Ce que ces entreprises ont fait de ce savoir est raconté au chapitre 4.
Savoir ne suffit pas : la dépendance
Pourquoi n’a-t-on pas agi plus tôt ? D’abord parce que tout le monde en dépend. En 2025, le pétrole, le gaz et le charbon fournissent encore 80 % de l’énergie consommée dans le monde, selon l’Agence internationale de l’énergie : voitures, camions, bateaux, avions, chauffage, engrais, ciment, plastique, et une grande part de l’électricité. Réduire, c’est toucher aux emplois, aux prix, aux impôts, au confort de chacun.On domine par ce dont l’autre dépend. Ici, la dépendance tient tout le monde : celui qui vend le pétrole gagne à ce qu’elle dure, celui qui l’achète a peur qu’elle cesse, et l’État, qui taxe l’essence et compte les emplois, a besoin des deux.
Pour la couche d’ozone, une poignée d’industriels fabriquaient les gaz en cause, et l’on avait des produits de remplacement : le monde a changé en une dizaine d’années (voir « Le trou dans l’ozone »). Pour le climat, ce n’est pas un produit qu’il faut remplacer, c’est l’énergie de presque tout.
On se teste ?
