Et La Réunion ?
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En île
Ce qu’on mesure, ce qui est prévu
Selon Météo-France, la température moyenne de La Réunion a gagné 0,93 °C en 55 ans, environ 0,17 °C tous les dix ans, et le rythme s’est accéléré depuis trente ans. Les jours de forte chaleur sont plus fréquents. Le sud-ouest de l’île devient plus sec (voir « Basculement des eaux »). Dans le sud-ouest de l’océan Indien, la mer monte d’environ 5 millimètres par an : 14 centimètres depuis 1993.Depuis un décret du 23 janvier 2026, la France prépare ses adaptations sur une trajectoire de référence : un réchauffement de 4 °C en 2100 pour l’Hexagone ; pour La Réunion, 1,5 °C en 2030, 2 °C en 2050 et 2,9 °C en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle, un peu moins que la moyenne du monde, grâce à l’océan. D’ici 2100, selon Météo-France, la mer monterait autour de l’île de 30 à 50 centimètres si le réchauffement restait à 1,5 °C, de 60 centimètres à 1 mètre dans un scénario pessimiste, davantage si les calottes polaires se déstabilisent ; les pluies de la saison sèche baisseraient de 10 à 20 %, ou de 30 à 40 %.
Belal, Garance, Chido
Les cyclones, selon Météo-France, ne seront « pas forcément plus nombreux, mais plus intenses ». Les trois dernières années l’ont montré dans la région :- en janvier 2024, Belal place l’île en alerte violette : quatre morts, 100 millions d’euros de dégâts selon les assureurs ;
- le 28 février 2025, Garance la frappe à nouveau en alerte violette. Les rafales atteignent 234 km/h au Gros-Piton de Sainte-Rose et 214 km/h à l’aéroport de Gillot, un record ; 180 000 foyers sont privés d’électricité ; la préfecture compte au moins quatre morts, et le préfet parle d’une île « défigurée » ;
- le 14 décembre 2024, Chido ravage Mayotte : 40 morts et 41 disparus selon le bilan officiel de mars 2025, dans un département où environ un tiers des habitants vit dans un habitat précaire.
Les coraux
De fin janvier à fin mars 2025, les récifs de La Réunion ont connu un blanchissement massif : environ 60 % du corail touché, 78 % sur les pentes externes, « le pire épisode de blanchissement des trente dernières années » selon la Réserve naturelle marine. Le cyclone Garance a ensuite abîmé une centaine d’hectares de récifs, dont 40 détruits.Pour le GIEC (2018), les récifs de corail déclineraient encore de 70 à 90 % avec un réchauffement de 1,5 °C, et disparaîtraient à plus de 99 % à 2 °C. En octobre 2025, un rapport international dirigé par l’université d’Exeter a estimé que les récifs des mers chaudes avaient déjà franchi leur point de bascule, vers 1,2 °C, et ne survivraient à grande échelle que si l’on redescendait sous ce seuil. Ce sont ces récifs qui abritent les lagons de l’Ouest et du Sud.
L’énergie : une dépendance en remplace une autre
En 2020, le pétrole, le charbon et le gaz couvraient 87 % de l’énergie consommée dans l’île. En 2025, environ 93 % de l’électricité vient de sources renouvelables, selon l’agence Énergies Réunion : les centrales au charbon d’Albioma brûlent désormais du bois. Mais ce bois vient surtout d’ailleurs : « Nous importons 750 000 tonnes de pellets de bois par an d’Amérique du Nord, d’Europe et du bassin indo-pacifique », explique le directeur de l’entreprise pour l’océan Indien. La programmation de l’énergie impose aux outre-mer 56 % de ressources locales en 2028 et 100 % en 2030.Et la route n’a pas changé. Selon une question écrite posée à l’Assemblée nationale, les transports représentent 63 % de l’énergie finale consommée dans l’île et 77 % de ses émissions de gaz carbonique ; en 2024, l’île a consommé près de 450 000 tonnes de carburants routiers, 628 litres par habitant.
On domine par ce dont l’autre dépend : l’île a remplacé, pour son électricité, le charbon importé par du bois importé ; pour ses voitures, rien n’a encore remplacé le pétrole.
Un procès « à la Bonaire » ici ?
En France, en juin 2025, Greenpeace France, Notre Affaire à Tous, Oxfam France et des citoyens touchés par des catastrophes ont demandé au Conseil d’État de juger insuffisant le troisième plan national d’adaptation : pas d’obligations, pas de financement propre, pas de suivi, et des inégalités sociales et territoriales négligées, notamment outre-mer, disent-ils. La Fondation pour le logement des défavorisés s’est jointe à eux en mai 2026. Le Conseil d’État n’a pas encore tranché.Le jugement de Bonaire est néerlandais : il ne s’impose pas en France. Mais la France aussi est tenue par la Convention européenne des droits de l’homme. Les habitants de La Réunion sont-ils protégés du climat comme ceux de l’Hexagone, et si non, pour quelle raison ? Aucun tribunal ne l’a examiné à ce jour. C’est une question, pas une réponse.
On se teste ?
