Le jour où un pays a cassé sa caserne
Chargement page et sommaire en cours...
La caserne et la forêt
San José, 1er décembre 1948
Le Costa Rica sort d’une guerre civile. En mars 1948, le Congrès a annulé l’élection présidentielle gagnée par l’opposant Otilio Ulate ; José Figueres a pris les armes. Les combats ont duré environ un mois ; l’historien Vladimir de la Cruz estime, sans pouvoir être précis, qu’ils ont fait environ 3 000 morts. Depuis le 8 mai, une junte présidée par Figueres gouverne le pays.Ce 1er décembre, dans la caserne Bellavista, à San José, Figueres frappe une des tourelles avec une masse de six kilos. Le photographe de La Nación, Mario Roa, rate le premier coup et saisit le second : la photo fera le tour du pays. Puis Figueres remet les clés de la caserne au ministre de l’Éducation, Uladislao Gámez : elle deviendra le Musée national. L’armée est dissoute.
La Constitution du 7 novembre 1949 l’écrit dans son article 12 : « Se proscribe el Ejército como institución permanente », l’armée est interdite comme institution permanente. Pour l’ordre public, il y aura des forces de police.
Cinquante ans plus tard, la forêt
Dans les années 1950 à 1980, une grande partie des forêts du pays est abattue, surtout pour faire des pâturages pour les bœufs. Puis la loi forestière n° 7575 du 13 février 1996 change la règle : il est interdit de transformer une forêt en autre chose, et l’État paie les propriétaires qui gardent la leur. Les premiers paiements arrivent en 1997, financés par une part de la taxe sur les carburants.Aujourd’hui, selon l’inventaire forestier national, plus de la moitié du pays est couverte de forêts. En 2021, à Londres, le Costa Rica reçoit le prix Earthshot du prince William pour ces paiements : selon les organisateurs du prix, ses forêts ont « doublé ». Le pays sans armée est devenu le pays qui paie la forêt, et les touristes suivent : 435 000 visites en 1990, 2,5 millions en 2014, selon une étude de cas faite pour la FAO.
Pourquoi cette histoire
Le plan d’ensemb dit qu’on domine par ce dont l’autre dépend. Une armée est l’outil de domination par excellence, au-dehors et parfois au-dedans. Et une forêt, on la coupe parce qu’on dépend de ce qu’elle rapporte une fois coupée : du bois, puis de l’herbe pour les bêtes.Le Costa Rica a essayé deux fois de changer la règle du jeu : se passer de l’outil, puis payer pour que garder rapporte plus que couper. Après l’ozone et le Rhin, c’est la troisième histoire qui finit plutôt bien. Mais une carte postale cache toujours quelque chose. Voyons comment ça marche, ce que ça a donné, et ce que la légende oublie.
On se teste ?
