Qui protège, et qui paie qui ?
Chargement page et sommaire en cours...
Le mécanisme
Sans armée, qui protège ?
L’article 12 laisse une porte : des forces militaires ne peuvent être organisées que par un accord avec d’autres pays ou pour la défense nationale, et toujours soumises au pouvoir civil. Pour le reste, le pays parie sur le droit et les alliances : le traité interaméricain d’assistance réciproque, signé à Rio en 1947, et l’Organisation des États américains (OEA), fondée en 1948.Le test arrive vite. Dans la nuit du 10 décembre 1948, dix jours après la dissolution, un groupe armé venu du Nicaragua entre dans le pays. Le lendemain, l’ambassadeur du Costa Rica demande au conseil de l’OEA d’agir au nom du traité de Rio, selon les archives du département d’État américain. En janvier 1955, nouvelle invasion depuis le Nicaragua ; sur recommandation de l’OEA, les États-Unis vendent au Costa Rica quatre avions de chasse P-51 Mustang, pour un prix symbolique d’un dollar selon la chaîne Teletica.
En 2010, le Costa Rica saisit la Cour internationale de justice : le Nicaragua a creusé des chenaux et installé des militaires sur une zone humide de la frontière, Isla Portillos. Le 16 décembre 2015, la Cour lui donne raison. En 2018, elle fixe la réparation à 378 890 dollars, dont une part pour la perte des « biens et services » rendus par la nature : la première fois qu’elle chiffre un dommage à l’environnement. Le pays sans armée se défend devant les juges, et y fait payer la nature.
Qui paie qui, pour une forêt debout
La loi forestière de 1996 joue sur deux tableaux. Le bâton : « En terrenos cubiertos de bosque, no se permitirá cambiar el uso del suelo », sur un terrain couvert de forêt, on n’a pas le droit de changer d’usage (article 19), sous peine d’un mois à trois ans de prison (article 61). La carotte : la loi reconnaît quatre « services environnementaux » rendus par la forêt (stocker le carbone, protéger l’eau, protéger la biodiversité, la beauté des paysages pour le tourisme) et crée un fonds pour les payer, le Fonafifo.D’où vient l’argent, et combien
Au départ, la loi de 1996 réservait un tiers d’une taxe sur les carburants à ces paiements. Depuis la loi n° 8114 du 4 juillet 2001, c’est 3,5 % de l’impôt unique sur les carburants, « exclusivamente para el pago de servicios ambientales ». S’y ajoutent une part de la redevance payée par ceux qui utilisent l’eau, des prêts et des dons. En août 2022, la Banque mondiale verse 16,4 millions de dollars pour 3,28 millions de tonnes de CO2 évitées en 2018 et 2019 : le premier pays d’Amérique latine payé par ce fonds pour le carbone de ses forêts.Pour les contrats signés en 2024 et 2025, une forêt protégée rapporte à son propriétaire 105 000 colones par hectare, versés en cinq ans, soit 21 000 colones par an, une quarantaine de dollars. Jusqu’à 265 000 colones si elle protège aussi l’eau et une biodiversité rare. La beauté des paysages n’est plus payée : le ministère écrit que « ni le marché intérieur ni le marché extérieur » ne la reconnaissent.
On se teste ?
