La carte postale et ses angles morts
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Ce qui coince
La légende de l’armée
Pour la chercheuse Cristina Eguizábal, dans Americas Quarterly en 2023, un motif clé n’était pas « un noble principe pacifiste » : il s’agissait de profiter d’une armée affaiblie pour supprimer un rival politique possible. Cette armée déclinait depuis le coup d’État de Federico Tinoco, en 1917, après lequel les élites avaient rogné son budget. Elle note aussi que la décision a libéré de l’argent pour l’école et la santé.La même junte, le 17 juillet 1948, interdit par le décret-loi n° 105 les partis jugés contraires à la démocratie, et nomme expressément le Parti Vanguardia Popular, les communistes, alliés du camp vaincu. La Constitution de 1949 garde une interdiction de ce type à son article 98 ; selon l’historien Vladimir de la Cruz, elle a écarté près de dix partis des élections jusqu’à son abrogation, dans les années 1970. Et la paix du pays repose aussi sur les autres : les traités, l’OEA, les avions vendus par les États-Unis en 1955. Les organisations internationales rendent plus coûteuse l’intervention d’une grande puissance, écrit Eguizábal, mais ne l’empêchent pas toujours.
Pour ceux qui y voient un modèle
- depuis 1949, les présidents se succèdent par l’élection ;
- selon Eguizábal, six pays des Amériques ont suivi son exemple, dont le Panama ;
- la forêt est devenue une affaire de culture : selon l’étude de la FAO, l’interdiction, les aires protégées et les paiements ont installé l’habitude de garder les arbres ;
- les territoires autochtones sont parmi les premiers bénéficiaires des paiements : de 2,5 à 3 milliards de colones par an, selon Semanario Universidad en 2020 ;
- le modèle est copié et primé, et la Banque mondiale achète désormais le carbone de ces forêts.
Pour ceux qui rappellent ce qui coince
- la forêt payée par l’essence : plus de 90 % de l’argent des paiements vient de la taxe sur les carburants, selon Semanario Universidad en 2020 ; quand le Covid fait chuter la consommation, le fonds perd 2 milliards de colones en six mois, et son directeur dit qu’il faudrait « cinq fois ce budget » pour répondre à toutes les demandes ; en 2022, des députés votent en premier débat de soustraire les paiements à la règle budgétaire, pour garantir leur continuité ;
- moins par hectare : en 2024, pour couvrir plus de terres, le paiement de base tombe de 36 823 à 21 000 colones par hectare et par an, selon des spécialistes cités par Delfino ;
- l’interdiction a un revers : comme on ne peut presque rien faire d’une forêt, des paysans évitent de laisser repousser les arbres, et cherchent parfois à changer l’usage de leur terre, même illégalement, note l’étude de la FAO ;
- le pays vert a ses ananas : 11 000 hectares en 2000, environ 58 000 en 2015, et 5 568 hectares de forêt perdus pour l’ananas de 2000 à 2015, selon un suivi coordonné par le Programme des Nations unies pour le développement ; et en moyenne 21,9 kilos de matière active de pesticides par hectare cultivé et par an, selon une étude publiée en 2026.
Pouvoir et dépendance
Le plan d’ensemb dit qu’on domine par ce dont l’autre dépend. En supprimant son armée, le Costa Rica s’est privé de l’outil qui fait les coups d’État, mais pas de toute dépendance : sa paix tient aussi à ses voisins puissants et au droit. Sa forêt tient à un calcul : quand l’élevage a cessé de payer et que le tourisme a commencé à payer, garder les arbres est devenu raisonnable, et le paiement a complété.Mais l’argent de la forêt dépend de l’essence, comme le chèque de l’Alaska dépend du pétrole. Comme pour l’ozone et le Rhin, la réussite est venue quand plusieurs intérêts se sont alignés, pas d’une conversion des cœurs.
On se teste ?
