Après le poison visible, l’invisible
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Et aujourd’hui ?
Les micropolluants
Le 13 février 2020, à Amsterdam, les ministres du Rhin adoptent le programme Rhin 2040 : réduire d’au moins 30 % d’ici 2040, par rapport à 2016-2018, les apports de micropolluants, ces résidus de médicaments, de produits de contraste pour la radiologie et de pesticides qu’on ne voit pas. Le premier bilan d’étape, publié en décembre 2025, est mitigé :- à la sortie des stations d’épuration, 8 substances témoins sur 21 baissent nettement partout, mais 4 augmentent, dont un antibiotique, le sulfaméthoxazole ;
- pour l’industrie, 5 substances sur 12 baissent, mais un produit perfluoré, le PFOA, augmente à certaines stations ;
- pour l’agriculture, les données manquent encore pour juger.
Qui paie, cette fois ?
La Suisse a choisi en 2016 de faire payer tout le monde : chaque station d’épuration verse 9 francs par habitant raccordé et par an dans un fonds, jusqu’en 2040, qui couvre 75 % de l’équipement de près de 140 stations avec un traitement de plus, à l’ozone ou au charbon actif. L’ozone, qui nous protège là-haut, sert ici à casser les résidus de médicaments.L’Union européenne a choisi l’inverse : sa nouvelle directive sur les eaux usées, n° 2024/3019, oblige les industries du médicament et des cosmétiques à payer au moins 80 % de ce surcoût, au nom du principe pollueur-payeur. En mars 2025, la fédération européenne de l’industrie pharmaceutique, l’Efpia, saisit la justice européenne : elle dit soutenir le principe pollueur-payeur, mais demande pourquoi seules ces deux industries paient.
Ce que cette histoire nous apprend, et ce qu’elle ne prouve pas
Ce qu’elle nous apprend :
- un fleuve sale peut redevenir vivant en une génération, quand on s’en donne les moyens ;
- des objectifs chiffrés, des comptes publics et un symbole que tout le monde comprend valent mieux que des promesses vagues ;
- une surveillance partagée entre pays installe la confiance, et repère vite les nouveaux problèmes ;
- la question « qui paie ? » ne disparaît jamais : elle change de molécule.
Ce qu’elle ne prouve pas :
- qu’un désastre suffit : sans une commission qui existait depuis 1950 et des pays qui se parlaient déjà, le choc n’aurait trouvé aucun outil prêt ;
- que le Rhin est guéri : le saumon ne tient pas encore seul, et les micropolluants passent ;
- que le pollueur a payé : les 53 millions de francs de Sandoz sont une goutte à côté des 13 milliards d’euros du programme ;
- que le même chemin marchera pour les médicaments, qu’on ne peut pas simplement interdire.
On se teste ?
