Et cette fois, qui paierait ?
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Et aujourd’hui ?
Octobre 2026 : pas de krach, des secousses
Le 26 octobre 2026, jour où cette histoire est écrite, il n’y a pas eu de krach de l’IA. Mais il y a des secousses :- dans le désert du Nouveau-Mexique, près de Santa Teresa, un campus géant de centres de données doit servir le projet Stargate d’OpenAI : 2,45 gigawatts prévus. Le 24 septembre 2026, Oracle, qui doit le louer, envoie au promoteur un avis de « force majeure ». Selon Bloomberg, Oracle pourrait ainsi reporter ses loyers si l’électricité n’arrive pas à temps ; les quelque 18 milliards de dollars prêtés par des banques pour le chantier s’échangent alors autour de 90 cents par dollar. Oracle assure que le projet « reste dans les temps » ;
- en juillet 2026, l’agence S&P abaisse la note d’Oracle à un cran au-dessus de la catégorie spéculative, à cause de ses dépenses pour l’IA ;
- mi-octobre 2026, les actions des fabricants de puces reculent plusieurs jours de suite, à Séoul comme à New York ;
- le 13 octobre 2026, le FMI range une correction liée à l’IA parmi les principaux risques pour la stabilité financière du monde.
Qui tiendrait la patate chaude ?
Si la bulle crevait, la note ne s’arrêterait pas aux milliardaires :- les épargnants : selon les économistes de la BCE, les ménages de la zone euro détiennent environ 440 milliards d’euros d’actions technologiques américaines, et les assureurs et caisses de retraite en ont aussi beaucoup. Dans l’indice mondial MSCI World, les dix plus grosses lignes pèsent près de 28 % en septembre 2026, la plupart des entreprises liées à l’IA, Nvidia en tête : un fonds qui suit cet indice en contient autant ;
- les prêteurs : banques et fonds de crédit privé financent de plus en plus les centres de données ; selon la BRI, les fonds de prêt direct ont multiplié par quatre en cinq ans leurs prêts à l’IA et à l’informatique ;
- les salariés, si l’investissement s’arrête net : en 2008, la crise de la finance est devenue une crise de l’emploi ;
- les clients de l’électricité : dans le réseau qui dessert treize États de l’Est américain (PJM), le prix payé pour réserver assez de centrales a été multiplié par plus de neuf d’une enchère à l’autre, en 2024, surtout à cause de la croissance prévue des centres de données selon l’institut IEEFA ; ce prix se retrouve au bout du compte sur les factures des clients du réseau, bulle ou pas.
Ce que ces trois bulles nous apprennent, et ce qu’elles ne prouvent pas
Ce qu’elles nous apprennent :
- une bulle part toujours de quelque chose de vrai : c’est ce qui la rend crédible ;
- quand le vendeur finance son acheteur, les ventes ne disent plus la vraie demande ;
- ce qui rend une bulle dangereuse, c’est la dette : celle de l’IA grossit, disent le FMI et la BRI ;
- dans un krach, ceux qui ont vendu à temps gardent leurs gains, et les pertes tombent sur ceux qui restent, souvent ceux qui n’avaient rien décidé ;
- quand tout le monde dépend de quelques-uns, l’État n’a plus vraiment le choix : en 2008, il a laissé tomber Lehman Brothers, la panique a suivi, et il a sauvé les autres.
Ce qu’elles ne prouvent pas :
- que l’IA est une bulle : on ne le sait qu’après, et des économistes sérieux pensent le contraire ;
- qu’un krach arrivera, ni quand : même les économistes de la BCE disent ne pas connaître la date ;
- que l’IA ne sert à rien : internet a survécu au krach de 2000 ;
- qu’il faut acheter ou vendre quoi que ce soit : cette histoire n’est pas un conseil d’investissement.
On se teste ?
