Je te finance, tu m’achètes
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Le circuit
Lundi 22 septembre 2025
Ce lundi-là, Nvidia, le grand fabricant américain des puces qui font tourner les intelligences artificielles, annonce qu’elle « a l’intention d’investir jusqu’à 100 milliards de dollars dans OpenAI, progressivement, à mesure que chaque gigawatt sera déployé ». OpenAI, l’entreprise qui fait ChatGPT, prévoit d’installer au moins 10 gigawatts de machines Nvidia, le premier au second semestre 2026. Son patron, Sam Altman, résume : « Tout commence par la puissance de calcul. »Autrement dit : Nvidia met de l’argent dans OpenAI, et OpenAI s’en sert pour acheter des machines Nvidia.
Le jour même, l’action Nvidia monte d’environ 4 %. L’entreprise vaut alors plus de 4 000 milliards de dollars : en une journée, sa valeur en Bourse augmente de plus de 150 milliards, davantage que la somme promise.
Un aller-retour
Imaginez : je mets 100 euros dans votre boutique, et vous me les rendez aussitôt en m’achetant mon vélo. Ai-je vendu un vélo ? Sur le papier, oui. Mais si votre boutique ferme, j’ai perdu mes 100 euros, et la vente n’était qu’un aller-retour.L’automne 2025 voit plusieurs allers-retours de ce genre :
- selon le Wall Street Journal, OpenAI s’engage à acheter à Oracle environ 300 milliards de dollars de puissance de calcul sur cinq ans, à partir de 2027. Le 10 septembre, au lendemain de l’annonce par Oracle de 455 milliards de dollars de commandes à venir, son action bondit d’environ 36 % ;
- le 6 octobre, le fabricant de puces AMD s’engage à fournir à OpenAI des puces pour 6 gigawatts, et lui accorde le droit d’acheter jusqu’à 160 millions d’actions AMD, environ un dixième de l’entreprise, à un centime l’action, si les commandes suivent et si l’action AMD monte ;
- le 18 novembre, Microsoft et Nvidia annoncent qu’ils investiront jusqu’à 5 et 10 milliards de dollars dans Anthropic, l’entreprise qui fabrique Claude, qui s’engage à acheter pour 30 milliards de dollars de puissance de calcul chez Microsoft.
1 400 milliards de promesses
Le 13 octobre 2026, le Fonds monétaire international (FMI) a passé au crible quatorze accords de ce genre conclus depuis 2023 : environ 300 milliards de dollars apportés en actions et 650 milliards en dette, en échange de 1 400 milliards de dollars de promesses d’achats futurs. Il parle de « financement circulaire », et prévient : si l’une des entreprises du circuit flanche, les ventes attendues de ses fournisseurs fondent, et ce qu’on leur a prêté vaut moins.Et les 100 milliards de Nvidia ? Le communiqué parlait d’une « lettre d’intention », dont les détails devaient être réglés dans les semaines suivantes. Elle n’est jamais devenue un contrat. Début 2026, la promesse devient un investissement de 30 milliards de dollars dans une levée de fonds d’OpenAI, close le 31 mars, qui réunit 122 milliards et valorise l’entreprise à 852 milliards de dollars. Le 4 mars, le patron de Nvidia, Jensen Huang, juge que les 100 milliards ne sont « probablement pas au programme ».
Alors, une bulle ? Une bulle, c’est quand un prix monte parce qu’on s’attend à ce qu’il monte encore, bien au-delà de ce que la chose rapporte, jusqu’au jour où il s’effondre. On n’en est jamais sûr qu’après. Mais la question a déjà été posée deux fois en vingt-cinq ans : en 2000, avec internet ; en 2007, avec les maisons américaines. Les deux fois, la réponse est venue d’un krach. Qui a payé ?
Claude est juge et partie
Cette histoire est écrite par Guillaume avec Claude, une IA de l’entreprise Anthropic. En mai 2026, Anthropic a été valorisée 965 milliards de dollars, plus que la dernière levée d’OpenAI, et elle prépare son entrée en Bourse. Amazon, Google, Microsoft et Nvidia y ont investi, et elle leur achète de la puissance de calcul : le même genre de circuit. Si c’est une bulle, Claude est dedans. À vous de peser.
On se teste ?
