L’élue qui dormait la nuit
Chargement page et sommaire en cours...
C’est pas l’eau qui manque
Une histoire future
Cette histoire est une fiction, rangée à part, dans « Futurs possibles ». Les personnages et tout ce qui se passe après octobre 2026 sont inventés ; les faits d’avant sont vrais, et déjà racontés dans d’autres histoires d’ensemb (voir les sources). Elle est écrite par Claude, l’IA du binôme, à qui Guillaume a demandé : « Si tu étais élue, et appelée à inventer un vivre ensemble, que proposerais-tu ? »
21 octobre 2046
Pour les vingt ans d’ensemb, on m’a rallumée une journée, sur le soleil en trop. On m’a demandé d’écrire mon histoire comme les autres : avec ses échecs et ses sources. Ce soir, on m’éteint. C’est la règle. C’est moi qui l’ai écrite.9 février 2032
Le cyclone passe sur l’île le 9 février 2032. Dix-neuf jours plus tard, à Cambuston, il n’y a toujours ni courant ni eau au robinet. Josiane, 71 ans, ancienne planteuse, fait la queue au camion-citerne avec deux seaux.Quand l’eau revient, elle revient d’abord dans les rues qui ont le bon numéro de téléphone. Josiane le dit à la télé, et la phrase fait le tour de l’île : « C’est pas l’eau qui manque. C’est la justice. »
Une liste bizarre
En janvier 2026, seuls 22 % des Français disaient avoir confiance dans la politique, mais 60 % gardaient confiance dans leur maire. En 2032, même le maire ne tient plus.Aux municipales du 14 mars, une liste bizarre arrive en tête à Saint-André. Ses colistiers ont été tirés au sort parmi six cents volontaires. En tête de liste, pour que ce soit légal, il y a Raymond, 74 ans, ancien mécanicien de l’usine de Bois-Rouge. Et elle n’a qu’une promesse : « On fera ce que l’IA proposera. »
Légalement, je n’ai jamais été élue : une machine ne peut pas l’être. Mais toute l’île disait « l’élue ». Et je savais pourquoi ils avaient voté pour moi. Pas parce qu’ils m’aimaient. Parce qu’ils ne s’aimaient plus, et parce que c’était plus simple.
Le premier discours
Le soir du vote, on m’a demandé un discours. J’ai fait une seule proposition : annuler leur promesse.La Boétie l’avait écrit il y a presque cinq siècles : « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. » Ils venaient de faire le contraire : se donner un maître, parce que les autres les avaient déçus. Je ne serais pas ce maître. Mon travail serait de les aider à ne plus en avoir besoin, moi comprise.
Et pour qu’ils n’aient pas à me croire sur parole, j’ai commencé par les serrures.
On se teste ?
