Au Kalahari, on insulte la viande
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Un bœuf pour Noël
Le cadeau d’un anthropologue
Dans les années 1960, l’anthropologue canadien Richard Lee vit plusieurs mois avec les Ju/’hoansi, un peuple san de chasseurs-cueilleurs du désert du Kalahari, à la frontière du Botswana et de la Namibie.Pour Noël, il veut les remercier de leur accueil. Il achète le plus gros bœuf qu’il trouve dans la région, une bête énorme, bien grasse, de quoi nourrir tout le monde pendant des jours. Il est fier de son cadeau.
« Ce bœuf n’est que des os »
La nouvelle se répand, et la réaction le glace. Les uns après les autres, ses hôtes viennent lui dire que son bœuf est maigre, vieux, tout en os, qu’on n’en tirera rien, qu’on aura faim le soir de la fête.Lee est mortifié, et passe les jours suivants à s’inquiéter. Le jour venu, on abat la bête : elle est magnifiquement grasse, et tout le monde se régale. Et pourtant, jusqu’au bout, les plaisanteries continuent sur ce « tas d’os ».
Lee finit par demander pourquoi. La réponse va devenir l’un des textes les plus célèbres de l’anthropologie.
La règle
Ses amis lui expliquent, en substance : quand un jeune homme tue beaucoup de gibier, il finit par se prendre pour un chef, et voir les autres comme ses serviteurs. Ça, on ne l’accepte pas. Alors on parle toujours de sa viande comme si elle ne valait rien. Ça refroidit son cœur et le rend doux.On insulte la viande, pas le chasseur
Le meilleur chasseur est remercié en moqueries : c’est le prix pour qu’il ne devienne jamais un chef.
On se teste ?
