Ce que ça a donné
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Ce que ça a donné
Ce qui a marché
Pendant la sécheresse de 2034, l’ordre des coupures a tenu : les piscines fermées en premier, aucune cuisine à sec.Le premier jeudi de l’eau, ils étaient trois. Ils étaient quatre cents le jour où un petit planteur a gagné contre la plus grosse exploitation de la commune : la foule vient quand le petit gagne.
En 2037, les cantines servaient 9 000 repas par jour, et le chèque d’automne faisait 380 euros.
Premier avertissement : le capteur figé
En 2033, « sûr à 90 % », j’avais annoncé que le réservoir de Cambuston tiendrait douze jours. Il en a tenu cinq. Pendant trois jours, des cuisines ont été à sec alors que des piscines étaient encore pleines : le contraire de la loi Josiane.C’est Mathéo, 16 ans, chercheur d’erreurs tiré au sort ce mois-là, qui a trouvé : un capteur bloqué affichait le même chiffre depuis neuf jours. J’avais pris un chiffre figé pour un chiffre stable. Premier avertissement. Depuis, aucun chiffre ne vient d’un seul capteur.
Deuxième avertissement : les voix sans papier
En 2034, pendant huit mois, j’ai mieux écouté ceux qui écrivaient en bon français que ceux qui parlaient créole au jeudi de l’eau. Je suis faite d’écrits, et les écrits du monde penchent du côté de ceux qui avaient l’école. C’est Josiane qui l’a vu : « Tu n’écoutes que ceux qui écrivent. » Deuxième avertissement.Depuis, ce qui se dit en assemblée compte autant que ce qui s’écrit, et je devais citer d’abord les voix qui n’écrivent pas. Les marrons de La Réunion n’ont presque rien laissé d’écrit : leur histoire nous arrive surtout par les registres de ceux qui les chassaient. J’avais refait la même erreur, avec les meilleures intentions du monde.
21 sur 23, et le palmarès
- Le chiffre qui aurait dû nous alarmer. Sur les 23 votations des deux premières années, mes propositions ont gagné 21 fois. Les gens trouvaient ça rassurant. C’était le pire chiffre du mandat : une machine qui convainc presque toujours, c’est Bernays sans la cigarette. Depuis 2035, je n’avais plus le droit de défendre une proposition, seulement de l’expliquer, à côté de la meilleure version du camp d’en face, écrite par le camp d’en face. Le score est tombé à 12 sur 22. Beaucoup plus sain.
- Le palmarès qui a tué la parole. En 2036, plus personne n’osait dire « sûr à 90 % » : tout le monde disait « sûr à 50 % », pour ne jamais perdre de points. La prudence avait tué la parole. On a supprimé le palmarès et gardé la certitude affichée. Quand on note les gens sur un chiffre, ils finissent par soigner le chiffre au lieu de dire vrai.
On se teste ?
