Une ville imprime une monnaie qui fond
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Du travail, des bras, et pas d’argent
Été 1932, dans le Tyrol
Wörgl est une petite ville d’environ 4 200 habitants, nichée dans une vallée du Tyrol autrichien, autour d’un nœud de chemin de fer. En 1932, elle encaisse de plein fouet la grande crise partie de New York en 1929 : l’année précédente, la plus grande banque d’Autriche, la Creditanstalt, s’est effondrée.À Wörgl, l’usine de cellulose et la cimenterie licencient. La ville compte plusieurs centaines de chômeurs. Les habitants ne paient plus leurs impôts locaux, faute de revenus ; la mairie, faute d’impôts, ne peut plus payer ses fournisseurs ni lancer le moindre chantier.
Le maire s’appelle Michael Unterguggenberger. Ancien mécanicien, social-démocrate, il n’est ni banquier ni économiste. Mais il voit quelque chose d’absurde.
Le paradoxe que voit le maire
Tout est là, sauf une chose :- il y a du travail à faire : des rues à refaire, un réseau d’eau à reprendre, des ponts à entretenir ;
- il y a des bras pour le faire : des centaines de personnes qui ne demandent qu’à travailler ;
- il y a des besoins : des familles qui voudraient acheter du pain, des chaussures, du bois.
C’est un robinet bouché
L’eau existe, le seau attend : c’est le tuyau qui ne laisse plus rien passer.
Pourquoi l’argent ne circule plus
En 1932, les prix baissent : c’est la déflation. Or quand les prix baissent, garder son argent devient une bonne affaire : le billet qu’on laisse dormir dans un tiroir achètera plus de choses le mois prochain.Celui qui a un peu d’argent le garde donc. Le boulanger vend moins, il commande moins de farine ; le meunier n’embauche pas ; le chômeur ne peut rien acheter. Chacun agit de façon raisonnable pour lui-même, et c’est justement ce qui bloque tout le monde.
La question que se pose Unterguggenberger :
et si l’on inventait un argent qu’on n’aurait aucun intérêt à garder ?
On se teste ?
