Un billet qui perd 1 % par mois
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Un argent qui fond comme une marchandise
L’idée vient de Silvio Gesell
Le maire a lu un livre paru en 1916, L’Ordre économique naturel, de Silvio Gesell, un commerçant allemand qui avait fait fortune en Argentine.Gesell part d’une observation de marchand : les pommes pourrissent, le pain rassit, les vêtements s’usent. Celui qui possède des marchandises est pressé de les vendre. Celui qui possède de l’argent, lui, peut attendre sans rien perdre. Il a donc toujours l’avantage dans la négociation, et il peut bloquer l’échange quand ça l’arrange.
La solution de Gesell : un argent qui s’use, lui aussi. Une monnaie fondante.
Le billet de Wörgl
Fin juillet 1932, la mairie émet ses propres billets, appelés « certificats de travail », de 1, 5 et 10 schillings. Au dos, une grille de douze cases, une par mois.La règle est simple : à la fin de chaque mois, celui qui détient le billet doit y coller un timbre acheté à la mairie, d’une valeur de 1 % du billet. Sans timbre, le billet n’est plus accepté.12 timbres de 1 % = 12 % par an
Garder un billet de 10 schillings toute une année coûte 1,20 schilling de timbres.
Une garantie, pour que tout le monde accepte
Une monnaie ne vaut que si on l’accepte. Pour rassurer, la mairie dépose l’équivalent en vrais schillings à la caisse d’épargne locale. Chacun peut donc échanger ses billets de Wörgl contre des schillings officiels, moyennant 2 % de frais.La mairie paie une partie des salaires de ses ouvriers en billets de Wörgl, et elle les accepte en paiement des impôts locaux. Les commerçants les prennent donc sans trop de crainte : ils savent qu’ils pourront s’en servir.
Résultat : une patate chaude
Personne n’a envie d’être celui qui tient le billet à la fin du mois. On le dépense vite : chez le boulanger, chez le cordonnier, ou à la mairie pour régler ses impôts en retard, voire en avance. L’argent qui dormait se met à courir.
On se teste ?
