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Qui a payé la note ?

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Ce que ça a donné

2000 : le Nasdaq perd 78 %

Le 10 mars 2000, l’indice Nasdaq, celui des valeurs technologiques à Wall Street, termine à 5 048,62 points, un record. Le 9 octobre 2002, il est à 1 114,11 points : 78 % de moins. Il ne retrouvera son sommet qu’en avril 2015, quinze ans plus tard.

Beaucoup de jeunes entreprises disparaissent, et l’on découvre des tricheries. Le géant des télécoms WorldCom a maquillé ses comptes d’environ 11 milliards de dollars ; il fait faillite en 2002, la plus grosse faillite américaine de l’époque, et son patron, Bernard Ebbers, est condamné en 2005 à 25 ans de prison.

En 2003, dix grandes banques paient environ 1,4 milliard de dollars pour régler les accusations des autorités américaines : leurs analystes, censés éclairer les épargnants, étaient sous l’« influence inappropriée » des services de la banque qui faisaient entrer les entreprises en Bourse. Elles n’ont ni reconnu ni contesté ces accusations.




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2007-2008 : des maisons aux banques

Le 9 août 2007, la banque française BNP Paribas gèle trois fonds placés dans des crédits immobiliers américains : faute d’acheteurs, explique-t-elle, on ne peut plus leur donner de prix. Le 15 septembre 2008, la banque d’affaires Lehman Brothers fait faillite avec plus de 600 milliards de dollars d’actifs, la plus grosse faillite de l’histoire des États-Unis. La panique gagne le monde.

Les États sauvent les banques. Le 3 octobre 2008, les États-Unis votent un fonds de 700 milliards de dollars. Le 13 octobre, la France annonce un plan de 360 milliards d’euros : jusqu’à 320 milliards de garanties pour les prêts entre banques, et jusqu’à 40 milliards pour renforcer celles qui flanchent.

La note, elle, est surtout payée par ceux qui n’avaient rien décidé. Aux États-Unis, selon la commission d’enquête du Congrès, environ quatre millions de familles ont perdu leur maison, saisie, et quatre millions et demi d’autres sont en retard de paiement ou en voie de saisie quand son rapport paraît, en 2011. Le chômage dépasse 10 % à l’automne 2009. Selon trois économistes de la Réserve fédérale de Dallas (2013), la crise a coûté entre 6 000 et 14 000 milliards de dollars de production perdue, soit 50 000 à 120 000 dollars par ménage américain.




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Qui a été puni ?

Pour la commission d’enquête, la crise était « évitable », « le résultat d’actions et d’inactions humaines ». Ce sont les conclusions de la majorité, six membres sur dix ; les quatre membres nommés par les républicains ont publié des avis en désaccord.

Les banques paient des amendes record. Bank of America : 16,65 milliards de dollars en 2014, le plus gros accord civil jamais conclu par la justice américaine avec une seule entreprise. Les agences de notation S&P et Moody’s : 1,375 milliard en 2015 et près de 864 millions en 2017, sans reconnaître de violation de la loi. Ces accords évitent un procès, et c’est l’argent de l’entreprise, donc de ses actionnaires du moment, plus que celui des dirigeants, qui paie.

Et la prison ? Aux États-Unis, selon l’enquête du journaliste Jesse Eisinger (ProPublica, 2014), un seul banquier de haut rang a été condamné à de la prison pour la crise : Kareem Serageldin, du Credit Suisse, 30 mois, pour avoir gonflé la valeur d’obligations afin de cacher des pertes. En Islande, la Cour suprême condamne en février 2015 quatre anciens responsables de la banque Kaupthing à des peines de quatre à cinq ans et demi de prison.




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Pourquoi s’en méfier

Ce bilan demande de la prudence :
  • « qui a payé ? » n’a pas de réponse simple. Selon le GAO, l’organe de contrôle des comptes du Congrès américain, sur les 700 milliards votés en 2008, 443,5 milliards ont été versés, et le programme a coûté au final 31,1 milliards : les banques ont remboursé, et l’argent mis dans leur capital a même rapporté 16,3 milliards net à l’État. Ce sont surtout les aides aux propriétaires (31,4 milliards), le sauvetage de l’assureur AIG et celui de l’automobile qui ont coûté. La vraie facture, c’est la crise elle-même : les emplois, les maisons, les années perdues ;
  • toutes les bulles ne se valent pas. En étudiant 17 pays sur 140 ans, trois économistes, Òscar Jordà, Moritz Schularick et Alan Taylor (2015), montrent que ce qui rend une bulle dangereuse, c’est le crédit : quand elle gonfle à crédit, la crise qui suit est plus profonde et plus longue. La bulle de 2000 était surtout faite d’actions ; celle de 2008, de dettes ;
  • les chiffres de pertes sont des estimations, qui dépendent de ce qu’on choisit de compter.




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Écrite le 26 / 10 / 2026
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