Séduire ou contraindre ?
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Ce qui coince
« Les puissants font ce qu’ils peuvent »
En 416 avant notre ère, Athènes assiège la petite île de Mélos, qui veut rester neutre. Thucydide écrit, et sans doute recompose, le dialogue entre les deux camps. Les Athéniens refusent de parler de justice : entre inégaux, disent-ils, « les puissants font ce qu’ils peuvent, et les faibles cèdent ».Mélos ne cède pas. La ville prise, les hommes sont tués, les femmes et les enfants réduits en esclavage. L’histoire « Athènes » le disait déjà : la démocratie athénienne, égalitaire au-dedans, dominait au-dehors.
Se faire désirer
En 1990, le politologue américain Joseph Nye, mort en mai 2025, invente le mot « soft power », la puissance douce : obtenir que les autres veuillent ce que l’on veut, par l’attrait d’une culture, de valeurs, d’une façon de faire, plutôt que par la force ou l’argent. C’est le cousin de Bernays, à l’échelle d’un pays.En 2025, Washington démantèle son agence d’aide au développement, l’USAID : en mars, le secrétaire d’État Marco Rubio annonce l’annulation d’environ 83 % de ses programmes ; le 1er juillet, ce qui reste passe au département d’État.
Le Pew Research Center, qui a interrogé 24 pays de janvier à avril 2025, trouve en moyenne 49 % de bonnes opinions des États-Unis et 37 % de la Chine. L’écart se resserre : dans beaucoup de pays, l’image américaine se dégrade et celle de la Chine s’améliore. Le sondage ne dit pas pourquoi.
Tenir l’autre par ce dont il dépend
- Les droits de douane : le 2 avril 2025, Washington annonce de fortes taxes sur les importations ; contre la Chine, elles montent jusqu’à 145 %, et Pékin répond jusqu’à 125 %. Le 12 mai, à Genève, chacun redescend, à 30 % et à 10 %, pour 90 jours ;
- les terres rares : en 2024, la Chine raffinait 91 % des terres rares qui servent aux aimants des moteurs électriques et des éoliennes, et fabriquait 94 % de ces aimants (Agence internationale de l’énergie). Depuis le 4 avril 2025, il faut une licence pour en exporter sept, et les aimants ; en octobre, Pékin annonce d’autres restrictions ;
- la trêve : le 30 octobre 2025, à Busan, en Corée du Sud, Trump et Xi signent une trêve d’un an. Pékin suspend ses nouvelles restrictions, Washington baisse ses droits d’environ dix points.
Les deux camps
- Ceux qui jugent la guerre probable. Pour le politologue américain John Mearsheimer, une Chine qui monte cherchera à dominer l’Asie, et les États-Unis feront tout pour l’en empêcher ; en 2014, il donne une conférence intitulée « Pourquoi la Chine ne peut pas monter pacifiquement ». Ils citent les armes : en 2025, selon l’institut suédois SIPRI, les États-Unis dépensent 954 milliards de dollars pour leur armée (- 7,5 %), la Chine environ 336 milliards (+ 7,4 %). Et la mer de Chine méridionale : en 2016, un tribunal arbitral donne raison aux Philippines contre les revendications chinoises, et Pékin rejette la sentence.
- Ceux qui jugent la guerre évitable. Les deux économies sont liées l’une à l’autre ; l’arme nucléaire rend une guerre directe suicidaire, comme pendant la guerre froide ; quatre cas sur seize prouvent qu’un relais peut se passer sans guerre. Joseph Nye ajoutait un autre danger, le « piège de Kindleberger » : une Chine trop faible, plutôt que trop forte, qui ne porterait pas sa part de ce dont le monde a besoin en commun.
- Chacun accuse l’autre. Pour Washington, la Chine pratique un commerce déloyal et s’arme ; pour Pékin, les États-Unis veulent « contenir la Chine ».
Pouvoir et dépendance
Le plan d’ensemb dit qu’on domine quelqu’un par ce dont il dépend. Entre empires, c’est pareil, en plus grand : le dollar, les puces, les terres rares, les panneaux solaires. Le soft power fait qu’on vous suit ; la dépendance fait qu’on ne peut pas faire autrement.Le piège se referme quand chaque dépendance devient une arme, et que chacun, croyant se protéger, fait encore plus peur à l’autre. Dans les relais passés sans guerre, l’un a su céder du terrain sans perdre la face, et l’autre a su ne pas l’humilier.
On se teste ?
