Ce que ça a coûté
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Ce que ça a donné
Tram’Tiss perd en justice
Tram’Tiss réclame à la Région près de 170 millions d’euros pour la rupture du contrat. Le tribunal administratif de Saint-Denis rejette sa demande, puis la cour administrative d’appel de Bordeaux, le 21 mars 2017. Fin 2017, le Conseil d’État n’admet pas son dernier recours. La clause des six mois, signée en 2009, a protégé la Région. Indemnité obtenue en justice : zéro.Le projet laisse pourtant une ardoise. La Région tenait un budget à part pour le tram-train ; le fermer, en 2011, lui a coûté 20,5 millions d’euros, selon la Chambre régionale des comptes, qui range cette somme parmi les coûts liés à la nouvelle route. Et l’île reste sans train.
La route : prévue pour 2020
En 2011, la Région choisit une route en mer, faite de digues et d’un grand viaduc, sans péage ni tunnel : la solution jugée la moins chère. En 2012, elle annonce 1,66 milliard d’euros et une ouverture complète en 2020 au plus tard.Les marchés des digues sont signés fin 2013 et fin 2014. Il faut des millions de tonnes de roches, mais l’accès aux carrières n’est pas réglé : pour la Chambre régionale des comptes, il aurait dû être « mieux anticipé et préparé ». La grande carrière prévue à Bois-Blanc, à Saint-Leu, est suspendue par la justice administrative en avril 2019. Le chantier des digues s’arrête la même année.
Le viaduc de 5,4 km, lui, est achevé : la nouvelle route ouvre dans un sens fin août 2022, dans les deux sens début 2023. Pour les 3 derniers kilomètres, l’État et la Région renoncent à la digue en mars 2022 et choisissent un second viaduc, à 846 millions d’euros : 420 millions pour l’État, 426 pour la Région. Ses travaux sont prévus de mi-2027 à 2030.
Une facture qui gonfle
D’après la Chambre régionale des comptes, en décembre 2022 :- le coût a été revu jusqu’à plus de 2,4 milliards d’euros en 2021, sans avoir été « clairement affiché » ;
- au bout du compte, plus de 2,5 milliards d’euros pour 12,3 km : plus de 200 millions d’euros par kilomètre ;
- aucune provision n’a été mise de côté pour les risques ;
- fin 2021, la Région doit 1,3 milliard d’euros, dont 800 millions empruntés pour la route ;
- ces emprunts courent longtemps : 450 millions d’euros sur 40 ans à la Caisse des dépôts (2013), 500 millions sur 30 ans à la Banque européenne d’investissement (2014), soit des remboursements jusqu’aux années 2050. Pour la Chambre, ce recours à l’emprunt « paraît disproportionné » ;
- de 2015 à 2021, la route a pris 59 % de tout ce que la Région a investi.
Dès avril 2014, un député cite à l’Assemblée nationale le magazine Challenges : « la route la plus chère de France ». Depuis, on la surnomme « la route la plus chère du monde ». En décembre 2020, l’émission britannique The Grand Tour vient même y faire la course, sur « le morceau de bitume le plus cher du monde ».
1,66 milliard prévu, plus de 2,5 milliards
Nouvelle route du littoral : coût annoncé en 2012 (valeur 2010), puis compté par la Région en 2023, réclamations des entreprises non comprises.
Et les bouchons ?
En avril 2010, le plan de Didier Robert est clair : une route à six voies, dont quatre pour les voitures, comme sur l’ancienne route, et deux pour des bus en site propre ; et, sur toute l’île, 2 000 bus. La nouvelle route garde donc deux fois deux voies pour les voitures, avec en plus des voies réservées aux bus.Elle a un vrai effet : sur le viaduc, il n’y a plus de falaise, donc moins de basculements, que la Région dit avoir déjà réduits depuis 2023. Mais elle n’ajoute aucune voie pour les voitures, alors que le trafic monte : 65 000 véhicules par jour selon les chiffres de la Région repris par la Chambre régionale des comptes en 2022, en hausse d’environ 1 % par an, et près de 70 000 en 2025, selon la Région. La seule baisse du temps perdu dans les bouchons que cite la Chambre régionale des comptes concerne les bus, sur leurs voies réservées.
En 2026, les bouchons sont toujours là. Selon les États généraux des mobilités de 2023, cités par l’AFP, ils font environ 30 km cumulés chaque jour sur l’île. Un élu régional chargé des routes parle de « coma circulatoire » : près de 500 000 voitures, et 20 000 de plus chaque année. La route est plus sûre ; pour les voitures, elle n’a pas fait disparaître les bouchons.
Pourquoi s’en méfier
- les montants ne sont pas tous en euros de la même année : 1,66 milliard en « valeur décembre 2010 », les autres en euros de leur époque ;
- on peut compter ou non les intérêts des emprunts (61 millions d’euros jusqu’en 2020), la fermeture du budget du tram-train, les frais de justice : la Chambre a trouvé 114 millions d’euros de coûts liés, en plus de la construction ;
- le compte de 2023 vient de la Région elle-même, et les réclamations des entreprises ne sont pas toutes jugées ;
- le tram-train n’a jamais été construit : personne ne sait ce qu’il aurait vraiment coûté.
On se teste ?
