Qui peut lui dire non ?
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Les deux camps
L’argent dans les élections
En 2024, Musk donne au moins 277 millions de dollars pour soutenir Donald Trump et des candidats républicains, selon le Washington Post : le plus gros donateur depuis au moins 2010. Son comité, America PAC, promet un million de dollars par jour à des électeurs qui signent sa pétition ; le procureur de Philadelphie y voit une loterie illégale ; les avocats de Musk répondent que les gagnants ne sont « pas choisis au hasard » mais rémunérés comme porte-parole, et un juge laisse faire.Le 1er avril 2025, dans le Wisconsin, Musk et ses groupes mettent plus de 21 millions de dollars dans l’élection d’une juge à la Cour suprême de l’État ; il remet lui-même des chèques d’un million. Leur candidat perd, d’environ dix points. En mai 2025, il dit en avoir « assez fait » ; en octobre 2026, il est redevenu le premier donateur connu des élections du 3 novembre, avec 158 millions de dollars pour le principal comité républicain du Sénat et plus de 276 millions depuis juillet, selon l’agence AP.
Au cœur de l’État qui le paie
Le 20 janvier 2025, Trump crée le DOGE. Musk en est le visage et le chef de fait, avec un statut d’« employé spécial du gouvernement » limité à 130 jours par an. Le 3 février, il écrit : « Nous avons passé le week-end à mettre l’USAID dans la broyeuse à bois. » L’agence d’aide au développement est démantelée. Une étude publiée dans The Lancet le 30 juin 2025 estime que ces coupes, si elles durent, pourraient causer plus de 14 millions de morts supplémentaires d’ici 2030 : c’est une projection par modèle, pas un décompte.Le conflit d’intérêts saute aux yeux : il dirige des coupes dans un État qui le paie et le contrôle. En avril 2025, les sénateurs démocrates d’une commission d’enquête recensent 65 procédures ou enquêtes de 11 agences fédérales visant ses entreprises, et au moins 2,37 milliards de dollars d’amendes ou de pénalités possibles. La Maison-Blanche répond qu’il n’a « jamais utilisé sa position pour un gain personnel » et juge ces accusations « fausses et diffamatoires ». Il quitte son poste le 30 mai 2025.
Le jour où les deux robinets se sont regardés
Quelques jours plus tard, il critique la grande loi budgétaire de Trump. Le 5 juin 2025, Trump écrit que le moyen le plus simple d’économiser des milliards est de « mettre fin aux subventions et aux contrats gouvernementaux d’Elon ». Musk répond que SpaceX va « immédiatement » commencer à retirer sa capsule Dragon, le seul vaisseau américain qui emmène alors des équipages vers la Station spatiale. Quelques heures plus tard : « D’accord, nous ne retirerons pas Dragon. »Ce jour-là, chacun a montré qu’il tenait le robinet de l’autre : l’un les contrats, l’autre le vaisseau. En juillet, Musk annonce un nouveau parti, l’America Party, dont il abandonne ensuite l’idée ; à l’automne 2025, les deux hommes se réconcilient en public.
Les juges
Les tribunaux l’ont arrêté, puis parfois lui ont rendu ce qu’ils lui avaient pris :- 2018 : après un message affirmant qu’il avait « le financement assuré » pour retirer Tesla de la Bourse, il passe un accord avec le gendarme de la Bourse, la SEC : 20 millions de dollars d’amende, autant pour Tesla, et trois ans sans présider le conseil, sans reconnaître ni nier. En 2023, un jury le juge pourtant non responsable envers les investisseurs, alors que le juge avait établi que ces messages étaient faux et imprudents ;
- janvier 2024 : une juge du Delaware annule sa rémunération de 2018, estimée à environ 56 milliards de dollars, en jugeant le conseil de Tesla trop soumis à Musk. Tesla déménage son siège légal au Texas. Le 19 décembre 2025, la Cour suprême du Delaware la lui rend : l’annulation était, selon elle, une sanction trop dure. Entre-temps, le 6 novembre 2025, plus de 75 % des actionnaires votants (ses propres actions non comptées) ont approuvé un nouveau plan évalué jusqu’à 1 000 milliards de dollars sur dix ans, si Tesla atteint des objectifs très élevés ;
- 20 mars 2026 : un jury de San Francisco juge que deux de ses messages de mai 2022 ont trompé les actionnaires de Twitter ; les plaignants estiment le préjudice à environ 2,6 milliards de dollars ; il fait appel. En mai 2026, il règle avec la SEC une autre affaire sur Twitter pour 1,5 million de dollars, sans reconnaître de faute ;
- 18 mai 2026 : il perd son procès contre OpenAI, jugé trop tard, et fait appel.
Ce qui le freine, ce qui ne le freine pas
Les deux camps existent, et il faut les entendre. Pour ses partisans, Musk a fait ce que des États et des géants n’avaient pas su faire, il défend la liberté d’expression contre la censure, et ses juges se sont parfois contredits. Pour ses critiques, un seul homme réunit trop de choses dont les autres dépendent, sans avoir été élu pour cela. Le 15 janvier 2025, en quittant la présidence, Joe Biden, sans le nommer, dit voir « une oligarchie prendre forme en Amérique », et craindre un « complexe techno-industriel ».La lecture « pouvoir et dépendance » ajoute une chose : les fois où il a reculé vite, c’est quand l’autre tenait aussi un robinet. Le Brésil suspend X et bloque l’argent de Starlink : X finit par se plier. Trump menace les contrats : Dragon reste en service. Une loi, un juge ou une amende freinent ; mais ce qui l’arrête vraiment, c’est de dépendre, lui aussi, de quelqu’un.
On se teste ?
