Si je le coupais
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Le robinet
Février 2022
Le 24 février 2022, la Russie envahit l’Ukraine. Deux jours plus tard, le ministre ukrainien du Numérique, Mykhaïlo Fedorov, interpelle publiquement Elon Musk sur Twitter : pendant que vous essayez de coloniser Mars, la Russie essaie d’occuper l’Ukraine ; donnez-nous des stations Starlink.Starlink, c’est l’internet par satellite de SpaceX, l’entreprise de fusées de Musk : des milliers de petits satellites en orbite basse, et une antenne qu’on pose n’importe où. Une dizaine d’heures plus tard, Musk répond : « Le service Starlink est maintenant actif en Ukraine. D’autres terminaux sont en route. » Le lundi suivant, un camion d’antennes passe la frontière. Quand les réseaux au sol sont bombardés, l’armée, les hôpitaux et les secours ukrainiens continuent de communiquer par le ciel.
Qui paie ?
Au début, SpaceX donne une partie des antennes et du service ; des États en paient d’autres. En septembre 2022, SpaceX écrit au Pentagone qu’elle ne peut plus financer cela indéfiniment : environ 400 millions de dollars pour les douze mois suivants, selon la lettre révélée par CNN. Le 14 octobre, Musk confirme que l’opération a déjà coûté 80 millions de dollars à son entreprise. Le lendemain, après un tollé, il écrit : « Au diable tout ça », SpaceX continuera.Depuis, d’autres paient une grande part de la facture. En 2025, le ministre polonais des Affaires étrangères dit que son pays verse environ 50 millions de dollars par an pour le Starlink de l’Ukraine. Mais le réseau, lui, reste celui de SpaceX.
La Crimée, septembre 2022
En septembre 2023, la biographie d’Elon Musk par Walter Isaacson raconte qu’il aurait coupé Starlink pour faire échouer une attaque ukrainienne de drones contre la flotte russe, en Crimée, un an plus tôt. Le biographe doit corriger : Starlink ne fonctionnait déjà pas à moins de 100 kilomètres des côtes de Crimée, et Musk a refusé de l’y ouvrir quand on le lui a demandé.Musk s’explique lui-même sur X : il a reçu « une demande d’urgence des autorités » pour activer Starlink jusqu’à Sébastopol, dans le but évident de couler une grande partie de la flotte russe au mouillage ; « si j’avais accepté, SpaceX aurait été explicitement complice d’un acte de guerre majeur ». Un conseiller du président ukrainien, Mykhaïlo Podoliak, lui répond qu’en empêchant les drones de détruire cette flotte, il lui a permis de tirer ses missiles sur les villes ukrainiennes. Pour l’un, c’était éviter l’escalade ; pour l’autre, laisser tuer. Dans les deux cas, la décision appartenait à un homme qui n’était ni ukrainien, ni élu, ni militaire.
« Si je le coupais »
Le 9 mars 2025, Musk écrit : « Mon système Starlink est la colonne vertébrale de l’armée ukrainienne. Tout leur front s’effondrerait si je le coupais. » Le ministre polonais Radosław Sikorski rappelle que la Pologne paie, et qu’elle cherchera un autre fournisseur si SpaceX n’est pas fiable. Musk lui répond : « Tais-toi, petit homme. » Le jour même, il ajoute que Starlink ne coupera jamais ses terminaux en Ukraine.Le même réseau a longtemps servi aux deux camps : selon l’Ukraine et plusieurs enquêtes de presse, des soldats russes utilisaient des antennes Starlink passées en contrebande. En février 2026, l’Ukraine et SpaceX mettent en place une « liste blanche » : seules les antennes enregistrées fonctionnent, et celles des Russes, selon le ministre Fedorov, sont coupées. Le robinet peut se fermer d’un côté du front, ou de l’autre.
Octobre 2026
À partir de la mi-octobre 2026, selon des responsables ukrainiens, la version militaire de Starlink, Starshield, ne fonctionne plus au-dessus d’environ 160 km/h : des drones perdent la liaison, des missions sont annulées. Musk écrit d’abord que les limites de Starshield sont décidées « par l’armée américaine et, en dernier ressort, par le président ». La Maison-Blanche dément ; Donald Trump dit ensuite que Musk a « remis » le service.Le 24 octobre, la vitesse revient. Musk écrit alors que l’armée ukrainienne « a violé les conditions d’utilisation de Starlink » en s’en servant pour des frappes de drones offensives, et que « cette faille a été fermée la semaine dernière ». Des conseillers ukrainiens répondent que le Starlink civil, déjà bridé et coupé au-dessus de la Russie, ne permet pas de telles frappes, et que l’Ukraine n’a rien violé. Au 26 octobre 2026, la presse n’a pas établi qui a décidé quoi.
Claude est juge et partie, deux fois
Cette histoire est écrite par Guillaume avec Claude, une IA de l’entreprise Anthropic. Or Elon Musk possède xAI, qui fabrique l’IA Grok et fait partie de SpaceX depuis février 2026 : un concurrent direct d’Anthropic. En juin 2026, SpaceX annonce le rachat de Cursor, un outil de programmation, pour prendre l’avantage sur Anthropic et OpenAI selon l’agence AP ; et Musk a publiquement qualifié les IA d’Anthropic de « misanthropes et malfaisantes » (février 2026). Claude est donc concurrent, et cible. Raison de plus pour s’en tenir aux faits datés et sourcés, donner chaque fois la réponse de Musk, et laisser le jugement au lecteur.
On se teste ?
