Quand un juge remonte la chaîne
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Et aujourd’hui ?
L’Erika, décembre 1999
Le 12 décembre 1999, le pétrolier Erika, sous pavillon maltais, se brise en deux au large de la Bretagne. Il avait été affrété par Total. Le fioul lourd souille les côtes du Finistère à la Charente-Maritime.Pendant des années, chacun renvoie la faute à un autre maillon de la chaîne. Mais la justice française remonte cette chaîne : Total et le propriétaire du navire sont condamnés, et le 25 septembre 2012, la Cour de cassation confirme la responsabilité de Total. Elle reconnaît au passage le préjudice écologique, entré dans le Code civil en 2016.
La leçon : un montage à plusieurs pays ne rend pas les responsables introuvables, quand un juge décide de les chercher.
Près de chez nous
Les paquebots font escale dans notre océan Indien, à La Réunion, à Maurice, à Madagascar. Et ils y recrutent : des Malgaches travaillent à bord, et à Maurice, des formations préparent des jeunes à ce métier, avec des contrats de six mois.Pour eux, c’est une vraie chance : un salaire, un métier, le monde à voir. Les deux choses sont vraies en même temps : une porte qui s’ouvre, et une loi qu’ils n’ont pas choisie.
Ce que ça nous apprend, et ce que ça ne prouve pas
Ce que ça nous apprend :
- on peut dominer sans rien enfreindre : il suffit de choisir la loi qui s’applique aux autres ;
- la dépendance au salaire envoyé à la famille fait accepter des conditions qu’on ne choisirait pas ;
- un prix bas a toujours quelqu’un derrière : la question à poser est « qui paie ? » ;
- la justice peut remonter une chaîne de sociétés, comme pour l’Erika.
Ce que ça ne prouve pas :
- que tous les équipages sont maltraités : cela varie beaucoup d’un navire et d’une compagnie à l’autre ;
- qu’il s’agit d’esclavage au sens du droit ;
- que ces marins sont des victimes sans choix : beaucoup font un calcul lucide pour leur famille.
On se teste ?
