Quand le crédit redevient un piège
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Ce qui coince
Le retour de l’usure
Le succès attire des investisseurs. Des organismes de microcrédit deviennent des entreprises rentables, certaines cotées en Bourse, avec des taux d’intérêt très élevés, parfois bien plus que ceux de la Grameen Bank. Yunus lui-même dénonce ces dérives : pour lui, faire de gros profits sur le dos des pauvres, c’est redevenir un usurier.En 2010, dans l’État indien de l’Andhra Pradesh, une crise éclate : des emprunteuses, endettées auprès de plusieurs organismes à la fois, sont harcelées par des agents de recouvrement. Des suicides sont attribués à ce surendettement. Le gouvernement de l’État encadre brutalement le secteur.
La pression du groupe
Le prêt en groupe, qui faisait la force du modèle, a aussi une face sombre. Quand une emprunteuse ne peut pas rembourser, ce sont ses voisines qui la pressent, parfois l’humilient, pour ne pas perdre leur propre accès au crédit. La solidarité peut devenir une surveillance.On retrouve une leçon déjà vue : un outil né pour libérer peut recréer la dépendance qu’il combattait, si l’on oublie pourquoi il a été créé. Libérer quelqu’un d’un usurier pour l’enchaîner à un autre prêteur, ce n’est pas le libérer.
Yunus et le pouvoir
L’histoire de Yunus lui-même croise celle du pouvoir. En 2011, le gouvernement de Sheikh Hasina l’écarte de la direction de la Grameen Bank, officiellement parce qu’il a dépassé l’âge de la retraite ; beaucoup y voient une vengeance politique contre un homme trop populaire. En 2024, après la chute de ce même gouvernement face à un soulèvement étudiant, Yunus est appelé à diriger le gouvernement de transition du Bangladesh.On se teste ?
