Le test des deux colonnes
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Et aujourd’hui ?
Le test des deux colonnes
À l’automne 2026, des appels à manifester contre la vie chère se succèdent en France. À chaque fois qu’une manifestation dégénère, les mêmes images reviennent.Un exercice simple pour la prochaine fois : tracez deux colonnes. Dans la première, ce que montre la caméra : la casse, les affrontements. Dans la seconde, ce qu’elle ne montre pas : les fins de mois, les morts au travail, les années de vie en moins. Puis demandez-vous laquelle des deux on vous invite à appeler « violence ».
Une question ouverte : que fait l’image au vote ?
Si l’écran ne montre que la révolte, jamais l’injustice qui la précède, que retient celui qui regarde ? Peut-être d’abord une envie d’ordre. Et qui promet l’ordre ? Ce cours ne tranche pas, mais des chercheurs ont mesuré des morceaux de la réponse :- en Italie, quand l’arrivée de la télévision numérique a réduit l’exposition à des chaînes très portées sur les faits divers, l’inquiétude face à la délinquance a baissé, surtout chez les plus de 50 ans (Mastrorocco et Minale, 2018) ;
- aux États-Unis, l’arrivée de Fox News dans une ville y a augmenté le vote républicain de 0,4 à 0,7 point à la présidentielle de 2000 (DellaVigna et Kaplan, 2007) ;
- en Italie encore, les communes qui ont reçu tôt les chaînes de divertissement de Berlusconi ont davantage voté pour son parti, des années plus tard (Durante, Pinotti et Tesei, 2019).
Ce que ça nous apprend, et ce que ça ne prouve pas
Ce que ça nous apprend :
- une violence sans visage peut tuer plus qu’une violence filmée ;
- s’attaquer seulement à la révolte, sans toucher à sa cause, relance la spirale ;
- on peut comprendre une colère sans approuver ce qu’elle casse ;
- la non-violence de masse est, le plus souvent, le moyen le plus efficace d’en sortir.
Ce que ça ne prouve pas :
- que la casse est légitime, ni qu’elle est efficace ;
- qu’une personne ou un groupe a voulu la violence structurelle : elle peut exister sans que personne ne la décide ;
- que chaque intervention de la police est une violence illégitime ;
- que tous les manifestants cassent, ni que tous les policiers frappent ;
- que les médias fabriquent à eux seuls le vote pour l’ordre : ils déplacent des voix à la marge, ils ne décident pas de tout.
On se teste ?
