D’une voix à un pouvoir
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Ce que ça a donné
Une télévision pirate
Au printemps 1986, Camille Sudre lance Télé Freedom, une télévision qui émet sans autorisation. Elle trouve un vrai public, et ses partisans manifestent plusieurs fois pour elle.Le régulateur de l’époque, le CSA, ordonne l’arrêt de ses émissions. Dans la nuit du 23 au 24 février 1991, sur décision du procureur, ses émetteurs sont saisis. Selon des documents du Sénat, c’est l’élément déclencheur de ce qui suit.
Février 1991, le Chaudron
Du 23 au 25 février 1991, des émeutes éclatent à Saint-Denis, surtout dans le quartier populaire du Chaudron. Des magasins sont pillés et incendiés. Le bilan diffère selon les sources, de neuf à onze morts, la plupart dans l’incendie d’un magasin de meubles en cours de pillage.Les documents du Sénat parlent d’un élément « déclencheur et catalyseur » : la saisie n’explique pas tout, mais c’est la voix coupée qui a mis le feu.
De la radio à la Région
Le 22 mars 1992, la liste de Camille Sudre arrive en tête aux élections régionales, et il devient président de la Région.Le 7 mai 1993, le Conseil d’État annule ces élections. Chaque jour, Radio Freedom a ouvert son antenne à la liste de son fondateur : pour le juge, c’est de la publicité électorale, interdite à la radio dans les mois qui précèdent un vote. La radio devait aussi traiter toutes les listes à égalité ; elle a apporté à celle de Camille Sudre un « soutien massif et exclusif », et certaines émissions ont dépassé, par leur ton, les limites de la propagande. Vu l’audience de la radio et le faible écart pour les derniers sièges, le vote en a été faussé.
Le juge relève une autre faute : ce temps d’antenne, estimé à 520 000 francs, est un don de la radio bien au-delà du plafond permis (169 564 francs). Camille Sudre est déclaré inéligible pour un an. Margie Sudre conduit la liste aux nouvelles élections, et préside la Région de 1993 à 1998 ; elle sera aussi secrétaire d’État à la Francophonie de 1995 à 1997.
Pourquoi s’en méfier
- Une radio sans filtre transporte aussi des rumeurs, le « ladilafé » : l’étude d’Éliane Wolff en fait un des ressorts de la radio, à côté de l’information et de l’entraide ;
- son fondateur lui-même reconnaît que les auditeurs étaient, au début, « virulents, excessifs » ;
- le régulateur ne l’a mise en demeure qu’une fois, en juillet 2004, et lui a fait quelques rappels au règlement ;
- la radio appartient à ses fondateurs : selon la même étude, Camille Sudre en détient 51 %. La voix du peuple a un propriétaire.
On se teste ?
